Par Saint Bonaventure , De la vaine gloire, et des remèdes qui lui sont propres.

Publié le par Père Jean-Pierre


 De la vaine gloire, et des remèdes qui lui sont propres.


Si vous parvenez à vaincre tous les vices dont nous avons parlé (ce qui ne peut se faire sans de grands efforts et des peines nombreuses); si, dis-je, vous en arrivez là , c'est alors surtout qu'il faut vous précautionner contre la vaine gloire; car elle se glisse avec tant d'art parmi les vertus que c'est à peine si les hommes spirituels peuvent toujours la reconnaître. Or, elle est vaine de toute manière, et elle fait pénétrer en tout la vanité : dans le vêtement, dans le maintien, dans la conversation, dans le silence. Si vous êtes revêtu d'un habit précieux , vous la trouvez avec vous; si vous êtes humble, elle s'exalte encore plus; si vous parlez, elle se réjouit de ce que vous avez dit; si vous gardez le silence, elle applaudit, à votre humilité. Elle fait naître en vous la pensée, elle vous imprime un désir ardent de ce qui est une cause de louange et d'honneur , quand même il faudrait pour cela s'exposer à de grands dangers et à de pénibles travaux ; et alors elle donne à ceux qui lui sont dévoués un courage plus grand que l'espérance de la béatitude à ceux qui combattent pour elle.

C'est cette même bête qui fait soupirer après les degrés de la cléricature , du diaconat , du sacerdoce. Et cependant lorsqu'elle pousse quelqu'un à ces honneurs, elle se garde bien de le faire ostensiblement . de peur qu'on ne l'accuse de les avoir ambitionnés. Voyez à ce sujet ce que dit Cassien au livre des Institutions monastiques. Non , jamais on ne saurait décrire toutes les formes que prend un pareil monstre. En quelque lieu que vous le repoussiez, il tient toujours comme un chardon sa pointe dirigée contre vous; et semblable à l'ail, si vous lui enlevez une enveloppe, vous le retrouverez couvert d'une autre. Qu'il s'introduise quelque part, il traîne perfidement à sa suite des enfants digues de sa perversité. Ce sont l'insubordination, les querelles, la jactance, l'hypocrisie, l'entêtement, la discorde, la présomption ou l'invention des nouveautés.

Si donc vous désirez vaincre la vaine gloire, apportez un soin suprême à ne jamais rien entreprendre par un motif de vanité, vous rappelant cette parole du Sauveur : « Ils ont reçu leur récompense (1); »

cette autre du Prophète : « Dieu a dispersé les ossements de ceux qui ne cherchent qu’à plaire aux hommes : ils ont été dans la confusion, parce que Dieu les a méprisés (2); et encore cette autre de l’Apôtre : « Si je plaisais aux hommes, je ne serais point serviteur de Jésus-Christ (3). » Efforcez-vous ensuite de préserver des atteintes de ce même vice avec un soin non moins grand tout ce que vous avez commencé avec une intention droite. Et enfin celui qui veut demeurer vainqueur en ce combat doit éviter en tout temps tout ce qui est singulier, tout ce qui peut procurer la louange et l'honneur. « Car, selon saint Jean Climaque, un principe de ruine pour la vaine gloire c'est la garde de notre langue, l'amour d'une société peu élevée, la joie d'une ignominie profonde, et le bonheur que nous éprouvons à paraître misérables en présence de la multitude (1). » — « L'unique remède contre la vaine gloire, dit saint Jean Chrysostôme, c'est de prier Dieu qu'il daigne nous en délivrer. »

  

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