PAGE SPECIALE POUR LE GRAND CAREME

Publié le par Père Jean-Pierre

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QUELQUES TEXTES A MEDITER

L’étymologie du mot "Carême" nous dit qu’il s’agit d’une altération populaire de l’expression latine quadragesima dies, le "quarantième jour", sous-entendu "avant Pâques".

Ce sont les conciles de Nicée (325) et de Laodicée (365) qui imposent l’idée du jeûne avant Pâques dans les Eglises d’Orient. Rome n’adoptera cette pratique que trois siècles plus tard.

Sous Charlemagne, celui qui ne respectait pas le jeûne, sans dispense spéciale, durant le Carême risquait d’être condamné à mort.

Ces quarante jours commémorent la tentation de Jésus dans le désert. L’Evangile raconte qu’en réponse à la tentation du démon qui lui proposait de changer des pierres en pain, Jésus répondit : "Il est écrit, l’homme ne vivra pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu" (Matthieu 4:4).

Durant les premiers siècles du christianisme, le Carême était surtout une période de préparation des catéchumènes au baptême qu’ils recevaient durant la nuit de Pâques. C’était également une période de pénitence pour les pécheur qui seraient lavés de leurs fautes durant la même nuit de Pâques.

"Ne tarde pas, dit le Seigneur, convertis-toi à Dieu, et ne diffère pas de jour en jour." Ce sont les paroles de Dieu et non les miennes ; vous ne les avez pas entendues de moi, mais moi je les entends avec vous : "Ne tarde pas, dit-il, convertis-toi au Seigneur." Mais toi tu réponds : "Demain! demain!" (dans le latin du texte : "Cras! cras!") Quel croassement de corbeau ! Comme le corbeau envoyé de l'arche n'y est pas revenu et, maintenant qu'il est vieux, dit encore : Demain ! Demain ! C'est le cri du corbeau : tête blanche et coeur noir. Demain ! Demain ! c'est le cri du corbeau : le corbeau n'est pas revenu à l'arche, la colombe est revenue. Qu'il se perde donc, le croassement du corbeau, et que se fasse entendre le gémissement de la colombe."

Saint Césaire d'Arles.

JEUNE, PRIERE ET AMOUR

La période du Carême des 40 jours, peut être comprise comme un temps unique, exclusif, un temps de préparation à la Pâque annuelle du printemps, et par cela, à la Pâque éternelle du «passage» (c'est le sens littéral du mot hébreu Pesah-Pâque), de la vie corruptible à la vie éternelle, des pénombres à la lumière, de l'exil dans une terre lointaine, celle du péché, à la vision dans le face à face du Royaume. Le programme du Carême qui résume et récapitule l'ascèse permanente de toute vie chrétienne consciente et responsable, c'est la réponse aux trois tentations qu'a subies le Christ au désert, au terme des 40 jours où il ne mangea pas et où il eut faim (Mt 4, 3).

Tentation du pain
C'est-à-dire des nourritures terrestres qui donnent à l'homme l'illusion de pouvoir vivre de lui-même, refoulant au fond de lui l'angoisse de la mort et la crainte de l'au-delà. Choisir d'avoir faim, de jeûner, c'est aussi choisir de se rendre disponible pour une autre nourriture : la parole et le pain de vie de Dieu dont tout homme a besoin poui subsister.

Tentation du miracle
C'est à dire une puissance illimitée sur les êtres, les contraignant à adorer Dieu, à lui obéir, en les subjugant plutôt qu'en agissant envers eux par le miracle de l'Esprit, celui de l'amour de la conversion du coeur. Cette conversion intérieure exige le renoncement à soi-même, le refus d'être servi. Le «Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi mais pour servir» (Mc 10, 45). Tel est le véritable amour qui doit tendre à imprégner toutes nos relations, nos attitudes humaines les plus quotidiennes.

Tentation du pouvoir...
Sur les royaumes de ce monde, à la seule condition d'adorer Satan.
«Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et c'est Lui seul que tu serviras».
Cette adoration de Dieu le Père dans le Christ par l'Esprit-Saint tend à devenir la dominante la plus intérieure et la plus constante de notre vie, la priorité la plus absolue de toute existence humaine dans la foi. Prière humble et discrète, comme les gestes quotidiens d'amour, mais réalité qui envahit tellement notre coeur que celui-ci en demeure blessé à jamais. La véritable prière n'est pas seulement langage et dialogue avec Dieu, mais elle tend à être en nous prière de l'Esprit-Saint qui vit en nous et qui se confond avec notre existence et notre souffle le plus personnel et le plus profond.
Que l'«assaisonnement» de ce triple programme de Carême soit la discrétion, la non ostentation, la joie sur le visage, le non jugement des faibles, la non envie des forts, le sentiment aussi que le Seigneur Jésus est venu sauver les pêcheurs dont je suis le premier («Laisse-moi voir mes propres pêchés et ne pas juger mon frère» ). Le fruit du jeûne et sa force sera la prière, le signe de la venue en nous de l'esprit de l'amour sera l'amour, l'amour de nos proches, chacun de ceux pour qui le Christ est mort.

Père Boris BOBRINSKOY
Professeur à l'Institut de Théologie Orthodoxe Saint Serge à Paris

Un frère demanda à abba Poemen : " Que dois-je faire pour mes péchés ? " L’ancien lui dit : " Qui veut racheter ses péchés, les rachète par les pleurs, et qui veut acquérir les vertus, les acquiert par les pleurs. "

 

LE CAREME, VOYAGE VERS PAQUES

Lorsqu'un homme part en voyage, il doit savoir où il va. Ainsi en est-il du Carême. Avant tout, le Carême est un voyage spirituel et sa destination est Pâques, la «Fête des fêtes». C'est la préparation à «l'accomplissement de La Pâque figurative, la vraie révélation». Nous devons donc commencer par essayer de comprendre cette relation entre le Carême et Pâques, car elle révèle quelque chose de très essentiel, de crucial, quant à notre foi et notre vie chrétienne. (...)
Pâques est notre retour annuel à notre propre baptême, tandis que le Carême est notre préparation à ce retour, l'effort lent et soutenu pour, finalement, accomplir notre propre «passage» ou «pâque» dans la nouvelle vie en Christ. (...)
Un voyage. Un pélerinage. Et déjà, en l'entreprenant, dès le premier pas dans la «radieuse tristesse» du Carême, nous apercevons au loin, bien loin, la destination : la joie de Pâques, qui rend radieuse la tristesse du Carême et qui de notre effort du Carême un «printemps spirituel». La nuit peut être sombre et longue ; mais, tout au long du chemin, une aube mystérieuse et lumineuse pointe à l'horizon. «Ne dèçois pas notre attente, ô ami de l'homme !».

Alexandre SCHMEMANN
Extrait du livre : Le Grand Careme. (Série : Spiritualité Orientale, n° 13,éd. Abbaye de Bellefontaine, 1974. pp, 9, 14-15)

LA PRIERE DE CAREME DE SAINT EPHREM LE SYRIEN


Seigneur et Maître de ma vie, ne m'abandonne pas à l'esprit de paresse, de découragement, de domination et de vain bavardage !

Mais fais-moi la grâce, à moi ton serviteur, de l'esprit de chasteté, d'humilité, de patience et de charité.

Oui, Seigneur-Roi, Accorde-moi de voir mes fautes et de ne pas condamner mon frêre, ô Toi qui es béni dans les siècles des siècles. Amen.

Après chaque demande on se prosterne : dans le long et difficile effort de recouvrement spirituel, l'Eglise ne sépare pas l'âme du corps. L'homme tout entier, dans sa chute, s'est détourné de Dieu ; l'homme tout entier devra être restauré. (...) Le corps est glorieux, le corps est saint, si saint que Dieu lui-même «s'est fait chair». (...) L'ascétisme chrétien est une lutte, non pas contre le corps mais pour lui. Pour cette raison, tout l'homme, corps et âme, se repent. Le corps participe à la prière de l'âme, de même que l'âme prie par et dans le corps.
Alexandre SCHMEMANN
Extrait du livre : Le Grand Carême (Série : Spiritualité Orientale, n° 13, éd. Abbaye de Bellelfontaine. 1974, p 47.

MEDITATION SUR LA PRIERE
Dieu a dit par le prophète : «Ceci est mon repos : faites reposer ceux qui sont accablés (Is. 28, 12)».
Fais donc le repos de Dieu, ô homme, et tu n'auras pas besoin du «pardonne-moi». Fais reposer les accablés, visite les malades, occupe-toi des pauvres, et cela est prière. Et je t'assure. mon ami, chaque fois qu'un homme fait ainsi le repos de Dieu, cela est prière. (...)
Sois donc attentif, mon ami : s'il se présente à toi quelque chose d'agréable à Dieu ne dis pas : «C'est le lemps de la prière. Je vais prier, et je ferai cela après». En attendant que tu aies fait la prière, la chose qui aurait fait plaisir à Dieu t'aura échappé. Tu auras ainsi perdu l'occasion de faire la volonté et le bon plaisir de Dieu. Par ta prière, tu auras commis un péché. Fais ce qui plais à Dieu. C'est cela prier. (...) Ecoute la parole de l'Apôtre : «Si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés». (1Cor. 11, 31)

Juge toi-même ce que je vais te dire. Si tu pars pour un long voyage, et qu'à cause de la grande chaleur il t'arrive d'avoir soif, si tu rencontres alors un frère et que tu lui dises : «Soulage-moi de la soif qui m'accable», et qu'alors il te réponde : «C'est l'heure de la prière. Je vais prier, et ensuite je me rendrai chez toi», en attendant qu'il ait pitié et revienne à toi, tu mourras de soif.
Que t'en semble ? Qu'y a-t-il de meilleur pour toi, qu'il aille prier, ou qu'il apaise ton tourment ?
Quelle utilité aura la prière de celui qui ne soulage pas la souffrance du prochain ? Le Seigneur n'a-t-il pas déclaré que nous serions jugés sur nos oeuvres ?
( ... ) Ce que je t'ai écrit : «Quand on fait la volonté de Dieu, cela est prière», cela me semble beau.
Mais parce que je te l'ai dit, ne va pas te relâcher de la prière, et ne cède pas à l'ennui - selon qu'il est écrit que Notre-Seigneur a dit : «Priez et ne vous lassez pas». Applique-toi à la veille, chasse de toi la somnolence et la pesanteur. Sois en éveil jour et nuit. et ne te laisse pas aller au découragement.
APHRAATE LE PERSAN
UNE NUEE DE TEMOINS
Collection : Langage des hommes / Parole de Dieu, pp. 66-67. Editions du Cerf. 1974

PRIER EN ESPRIT ET EN VERITE
Les paroles du Seigneur sur la prière sont d'une force, d'un absolu, qui devraient nous bouleverser : «Tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous l'accordera» (Jn. 15, 16) ; «Et moi, je vous dis : Demandez, et on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et on vous ouvrira» (Lc. 11, 9 ; Mt. 7, 7).
Oui, «la puissance de la prière est prodigieuse, car, plus forte que tout ce qui existe, c'est elle qui fait descendre l'Esprit-Saint» (St. Séraphin de Sarov).
Pourquoi notre prière est-elle si faible, si languissante, apparemment si inefficace ? Le Christ encore nous donne la réponse : «A cause de votre peu de foi. Car je vous le dis en vérité, si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : Va-t-en d'ici, et elle irait. Et rien ne vous serait impossible » (Mt. 17, 20).
Une prière vraie, une prière faite avec foi, ce ne peut être une formule récitée distraitement, du bout des lèvres, animée seulement par une conviction fragile ou un émoi passager de notre sensibilité. La vraie prière jaillit du coeur, du fond de notre être réunifié par la conscience aiguë de notre détresse, de notre impuissance, de notre radicale pauvreté devant Dieu, et par une confiance ardente, totale. en l'amour du Seigneur pour nous, en sa toute-puissance miséricordieuse. Quand Pierre se voyait enfoncer dans la mer et s'écriait : «Seigneur, sauve-moi !», il n'était pas distrait, il ne pensait pas à autre chose (cf. Mt. 14, 30). Que sa prière soit le modèle de la nôtre.
N'ayons pas peur de la quantité dans la prière. Ne craignons pas de beaucoup prier, et de le faire longuement, Non pas pour multiplier les mots à la manière des païens, mais pour exprimer en toute vérité l'intensité, l'insistance, la persévrance de notre désir. Imitons la pauvre veuve et l'ami importun (Lc, 1-8 ; 11, 5-6).
Comme le disait un grand spirituel du siècle dernier, «il n'est pas possible de transiger : ou nous sommes des hommes envahis totalement par la prière, et nous obtenons tout, ou nous faisons une «bonne place» à la prière en nous résevant une petite part personnelle, et alors nous ne pouvons rien comprendre à l'Esprit de l'Évangile...».
Archimandrite PLACIDE

NOSTALGIE DE DIEU

Mon âme languit après le Seigneur, et je Le cherche avec des larmes.
Comment pourrais-je ne pas Te chercher ? Toi le premier, Tu m'as trouvé. Tu m'as donné de vivre la douceur de ton Saint-Esprit, et mon âme T'a aimé.
Tu vois, Seigneur, ma peine et mes larmes... Si Tu ne m'avais pas attiré par ton amour, je ne Te chercherais pas, comme Je Te cherche. Mais ton Esprit m'a donné de Te connaître, et mon âme se réjouit que, Toi, Tu sois mon Dieu et mon Seigneur, et, jusqu'aux larmes, je languis après Toi.
Mon âme languit après Dieu, et elle Le cherche avec des larmes.
Seigneur miséricordieux, Tu vois ma chute et ma douleur ; mais, humblement, j'implore ta clémence : répands sur le pécheur que je suis la grâce de ton Saint-Esprit, Son souvenir porte mon esprit à trouver de nouveau ta miséricorde.
Seigneur, donne-moi ton humble Esprit pour que je ne perde pas à nouveau ta grâce, et que je ne me lamente pas comme Adam qui pleurait Dieu et le Paradis perdu.
SAINT SILOUANE DE L'ATHOS

EXHORTATION
S'il arrive que nous tombions dans le péché, ne cédons pas au désespoir, ne devenons pas étrangers à la philanthropie du Seigneur. Peut-être trouve-t-il là en effet une occasion de nous prouver sa miséricorde à cause de notre faiblesse. Dans tous les cas, veillons à ne pas nous éloigner de lui, à ne pas nous couper de sa présence. Aussi, ne nous hâtons pas et ne nous laissons pas dominer par le découragement, mais sans cesse faisons nôtre ce principe: «Tu es tombé ? Aussitôt relève-toi. Tu tombes encore ? De nouveau relève-toi ! ». Dans tous les cas, reste auprès du Médecin, sans quoi ta condamnation sera plus lourde encore. Ne le quitte pas et il te couvrira de son amour, soit en te permettant de lui revenir, soit par telle ou telle épreuve, soit par tout autre moyen qui découle de sa providence et que toi tu ignores.
Le Bienheureux Pierre de Damas

"...Moi, je t'ai connu au désert, dans un pays de fièvre" (Osée 13.5)

Un jour trois ascètes décident de prendre une option différente :
- Le premier choisit de faire la paix parmi ceux qui se battent,
- Le deuxième se met à visiter les malades,
- Le troisième gagne le désert.

Peu de temps après, le premier, n’arrivant pas à ses fins, vient, découragé, trouver le deuxième qui lui aussi, est à bout.

Tous deux décident alors de se rendre auprès de celui qui avait opté pour l’hésychia au désert. Ils sont étonnés de sa réussite et l’assaillent de questions. Ce dernier commence par se taire puis il prend un vase, le remplit d’eau. « Regardez cette eau, leur dit-il, elle est trouble. » Puis, après un bon bout de temps, il leur dit encore : « voyez maintenant cette même eau et comment elle s’est reposée. » Et là, comme dans un miroir, ils virent distinctement leur visage. Et il leur dit : « Il en est ainsi pareillement de nous : lorsque nous vivons au milieu des hommes, nous ne voyons pas nos défauts, alors qu’il en est tout autrement dans le désert. »

En ce temps de Carême, le récit que nous venons de lire nous expose d’une façon magistrale le secret qui nous conduira au grand mystère de Pâques.

« Pour voir notre péché, nous précise-t-il, il nous faut faire l’expérience du désert… » Tout comme Jean-Baptiste (Mc 1, 14), tout comme Jésus lui-même (Mc 1, 12), nous ne pouvons rendre gloire à Dieu si nous ne nous mettons pas à l’écart (Mc 6, 1), afin de nous reposer, dans le but de mieux nous affronter dans notre propre face-à-face. Autrement dit, sans l’hésychia, nous ne pouvons pas nous connaître véritablement. Le désert et l’hésychia, deux données incontournables pour toute pratique orthodoxe de l’ascèse.

Le mot « hésychia » peut se traduire de plusieurs façons. Tout d’abord, il signifie le calme, le repos qui apaise nos mœurs troublées et nos passion,s par l’acquisition du silence intérieur, lequel nous éloigne de nos soucis du passé et de nos vaines distractions. Ensuite, il veut dire tranquillité, laquelle fait fi de nos mauvaises pensées et de nos stériles bavardages, afin de nous rendre disponibles à la véritable contemplation. Enfin, c’est aussi la capacité d’atteindre cet état de paix, qui éloigne de nous tous les bruits nuisibles à nos âmes.

« Lorsque nous vivons au milieu des hommes, nous ne voyons pas nos défauts… » Il nous faut donc par moments, bien garder nos distances pour avoir accès à notre monde intérieur et pour entrer aussi en communion avec les autres.

Le merveilleux de l’homme ne peut se saisir que dans le silence et le repos du cœur et non dans le brouhaha des foules anonymes. Nous n’entrons réellement en contact avec notre être total tout comme d’ailleurs avec celui des autres que lorsque « nous faisons en nous hésychia .» Et ce, bien plus encore, quand il est question de notre relation personnelle avec Dieu. C’est à cette seule condition qu’il nous sera possible d’user avec le Seigneur du langage des Béatitudes, en dehors de toute pression, de toute contrainte. Et lui, du même coup, deviendra notre ami et notre familier, nous confortant de la sorte dans notre intime conviction que nous sommes vraiment ses enfants.

N’ayons donc pas peur de partir avec obstination à la recherche de ce lieu désert que nous désigne le carême. Autrement dit (dans notre foyer, sur le lieu de notre travail, au détour d’un moment de détente…), prenons encore la peine de faire suffisamment halte dans cette oasis spirituelle que nous suggèrent le jeûne et la prière pour nous enivrer à satiété de la douce présence de Dieu.

Notre Eglise qualifie le Grand Carême qui précède Pâques de « printemps de l’âme. » Puisse-t-il en être ainsi. Alors, à l’instar de la femme de l’Apocalypse, le Seigneur se fera une joie de nous préparer, au sortir de notre expérience quadragésimale du désert, une « place où nous serons nourris mille deux cent soixante jours » (Ap, 12, 6). De sorte que, pour paraphraser Evagre le Pontique, « quoique séparés de tout nous soyons unis enfin à tout ; à la fois impassibles et d’une sensibilité souveraine ; déifiés tout en nous estimant le rebut du monde et par-dessus tout heureux, divinement heureux ! »

Métropolite Stephanos de Tallinn
In Synaxe N° 43, 1er trim 1998, P:24-25

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