Orthodoxie : l’Église serbe adoptera-t-elle un jour le calendrier grégorien ?

Publié le par Père Jean-Pierre

balkans.courriers.info

Traduit par Persa Aligrudić

Les Églises orthodoxes de Serbie, de Macédoine et du Monténégro - comme celle de Russie - célèbrent Noël le 7 janvier. Pourtant, la majorité des Églises orthodoxes dans le monde ont adopté le calendrier grégorien, également utilisé par les catholiques et les protestants. L’Église serbe se ralliera-t-elle au « nouveau » calendrier ? Ce n’est pas une question de dogme ni de foi, mais une simple question technique. Mais l’enjeu symbolique pourrait susciter de nouvelles tensions.
Publié dans la presse : 3 janvier 2010
Mise en ligne : mercredi 6 janvier 2010

Par B. Gigović

Bien que nos frontières soient enfin ouvertes et que notre candidature à l’intégration à l’UE remise en selle, l’Église orthodoxe serbe ne désire pas harmoniser son calendrier avec celui de la communauté dont nous allons faire partie. Tout porte à croire que l’Eglise orthodoxe serbe est encore bien loin d’envisager un changement du calendrier religieux officiel, qui est différent de celui du reste du monde chrétien, affirme le théologien Dimitrije Kalezić, ancien doyen de la Faculté de Théologie de Belgrade. Pourtant, les analystes religieux pensent que la position catégorique de l’Eglise orthodoxe est infondée. Comme le souligne l’analyste Živica Tucić, l’inexactitude du calendrier julien, suivi par l’Église serbe, n’est plus à prouver.

« Même si la question du calendrier est un sujet astronomique et non pas religieux, elle embarrasse fortement le monde orthodoxe, qui est divisé en deux blocs. Le problème est uniquement psychologique : nous ne voulons pas du « calendrier du pape » mais nous acceptons celui d’un empereur romain polythéiste. Le calendrier est une question d’astronomie, qui n’a rien à voir avec le pape, l’Occident ou l’hérérie. Cependant il ne faut pas insister pour le changer. Les résultats d’un sondage d’opinion en Russie viennent de montrer que 4% seulement des citoyens voudraient passer au « nouveau » calendrier, contre 19% il y a cinq ans. Mais la Russie est un monde à elle seule, alors que la Serbie est petite, entourée d’Églises utilisant le nouveau calendrier », explique Živica Tucić, en ajoutant que les chrétiens doivent aspirer à l’unité tant pour les dates de célébrations que pour les grandes fêtes comme Noël, Pâques et la Pentecôte.


Calendrier julien vs. calendrier grégorien

Le calendrier julien se base sur une réforme du calendrier romain introduite par Jules César en 46 av. J.-C..

Le calendrier julien fut d’utilisation commune en Europe et en Afrique du nord depuis l’époque de l’Empire romain jusqu’en 1582, lorsque le pape Grégoire XIII promulgua le calendrier grégorien. Cette réforme était rendue nécessaire par l’excès de jours intercalaires du système julien par rapport aux saisons astronomiques. En moyenne, les solstices et les équinoxes avancent de 11 minutes par an par rapport à l’année julienne.

L’écart entre les deux calendriers ne cesse de s’accroître : le « retard » du calendrier julien par rapport au grégorien était de 12 jours en 1800, il est de 13 jours depuis 1900, et sera d’une journée de plus en 2100.


Dorénavant, près de la moitié des Églises orthodoxes ont leur siège dans les pays de l’UE. Il y eut d’abord la Grèce, puis Chypre, la Bulgarie et la Roumanie, sans oublier les petites églises de Finlande, des pays baltes, de la Tchéquie, de la Slovaquie et de la Pologne. Bientôt, viendront les Églises orthodoxes de Serbie, de Macédoine, du Monténégro et d’Albanie.

« Quatre éparchies de l’Eglise orthodoxe serbe font déjà partie de l’UE (Timisoara, Budim, britannique-scandinave et Europe centrale). Avec l’entrée de la Croatie dans l’UE, ce seront cinq nouvelles éparchies serbes qui rejoindront l’Union. Parmi les Églises qui font déjà partie de l’UE, aucune ne respecte l’ancien calendrier », constate Živica Tucić. Il précise que la date de Pâques ne dépend ni de l’ancien ni du nouveau calendrier. Elle est fixée selon une règle que tous les orthodoxes ont gardé, mais qui n’est pas observée par les autres chrétiens, catholiques, protestants ou anglicans.

Le sociologue des religions Mirko Đorđević considère que le passage au calendrier grégorien serait parfaitement logique et raisonnable. « Le calendrier ne sera pas une condition directe dictée par l’Europe car elle n’a jamais imposé de règles de ce type à aucun pays orthodoxe. Néanmoins, l’Église serbe doit conserver ses traditions, mais pas ses habitudes astronomiques ou scientifiques. C’est le point essentiel, même si l’Église serbe est minoritaire quant à sa position au sujet du calendrier. Je pense qu’avec le temps, l’Eglise devra passer au nouveau calendrier, non seulement à cause de l’UE, mais parce que c’est ainsi que le temps est calculé dans le monde moderne, y compris les temps de fête », déclare Mirko Đorđević en soulignant que c’est à ce moment-là que le problème surviendra car l’Eglise est divisée sur la question du calendrier.

Vers un schisme calendariste ?

Cette division est si accentuée, affirme-t-il, que certains pensent que de grands bouleversements, voire un schisme, se produiraient au sein de l’Eglise, si le nouveau calendrier était officiellement accepté.

Dimitrije Kalezić, théologien et ancien doyen de la Faculté de Théologie de Belgrade, pense qu’il n’est pas nécessaire que notre Eglise, pour quelque raison que ce soit, passe au calendrier grégorien : « Milutin Milanković disait qu’il s’agissait des mêmes calendriers, mais quelque peu modifiés. Un changement pourrait intervenir en Macédoine, au Monténégro, comme il a déjà été introduit en Grèce, mais pas en Serbie, où personne ne souhaite célébrer les fêtes aux mêmes dates ». Dimitrije Kalezić précise qu’en Grèce le passage au calendrier grégorien n’est pas unanimement accepté. Il souligne aussi que ni les musulmans ni les Juifs ne célèbrent les mêmes fêtes que les catholiques : pourquoi donc notre Eglise devrait-elle avoir le même calendrier qu’eux ?

Cependant, Mirko Đorđević pense que si l’Eglise acceptait le nouveau calendrier, elle n’en deviendrait pas moins orthodoxe : « dans toutes les Églises qui ont adopté le nouveau calendrier, il y a eu des divisions, de sévères conflits, les partisans de l’ancien calendrier ont formé des mouvements dissidents... Mais, avec le temps, ces problèmes se résolvent ».

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