Noël de deuil pour les coptes

Publié le par Père Jean-Pierre

5/01/2011 18:00 LA CROIX

Noël de deuil pour les coptes



Six jours après l’attentat d’Alexandrie, les coptes se préparent à des veillées intenses, en Égypte et comme en France, Noël étant célébré le 7 janvier dans le calendrier oriental. Reportage au monastère Mar Mina, près d'Alexandrie, où ont été enterrées la plupart des 23 victimes


La cathédrale du monastère Mar Mina, au sud-ouest d'Alexandrie (Photo : Nabil BOUTROS/CIRIC). 

Sous un ciel orageux, d’imposants clochers surmontés de la croix orthodoxe s’élèvent au milieu de champs verdoyants. Pour franchir les murs qui entourent le monastère de Mar Mina, il faut montrer patte blanche. Sauf exception, le garde à l’entrée ne laisse passer que les Égyptiens dont la carte d’identité porte la mention « chrétien » – la religion étant obligatoirement inscrite sur les papiers d’identité égyptiens.

« En temps normal, les musulmans peuvent entrer aussi, mais depuis l’attentat contre l’église d’Alexandrie, le 31 décembre, la sécurité est renforcée », explique Saher, 26 ans, ingénieur en informatique. C’est l’un des rares visiteurs.

Ce matin-là, le lieu est particulièrement calme. Il est 10 heures, les moines sont en prière ou conduisent la troisième et dernière messe de la matinée. Devant la basilique dédiée à saint Mina, un martyr du IVe siècle, un jardinier bêche entre des rangées de fleurs.

«Ce sont des martyrs»

Deux jours plus tôt, l’atmosphère dans le monastère de Mar Mina était beaucoup plus agitée. Plus de 5000 coptes avaient rejoint les lieux pour assister aux obsèques de 14 des 21 victimes de l’attentat contre l’église Al Qidissine d’Alexandrie. Des cris de colère emplissaient la nef de la basilique : « Par notre âme, par notre sang, nous nous sacrifierons pour toi, ô croix ! »

Les jours suivants, cinq autres corps sont venus s’ajouter dans la tombe commune construite à l’entrée du monastère, faite de simples panneaux de bois et surmontée de trois grandes croix.

« C’est la première fois que des laïcs sont enterrés à Mar Mina. Parce que ce sont des martyrs, comme Abou Mina, notre saint », explique le P. Eliya, qui vit dans le monastère depuis de nombreuses années.

Cette tombe un peu particulière attire déjà des visiteurs

«La décision a été prise par le Patriarcat copte, pour ne pas provoquer d’autres violences. En 2006, lorsqu’un copte avait été poignardé par un musulman dans l’église Al Qidissine, il y avait eu des affrontements entre les deux communautés à l’occasion de ses funérailles, raconte Saher. C’est une décision très sage.»

Cette tombe un peu particulière attire déjà des visiteurs qui sont par ailleurs nombreux à se rendre en pèlerinage dans ce monastère, l’un des plus grands d’Égypte et le plus proche de la ville d’Alexandrie.

Dans la basilique, une jeune fille prie devant une relique de saint Mina. « Nous sommes venus prendre la bénédiction du saint et des “martyrs” de l’attentat », explique Viviane, 21 ans, qui est accompagnée de son frère, Mina. Tous deux habitent Damanhour, une ville du delta du Nil. « Avant l’attentat, je ne pensais pas aller à la messe de Noël, mais maintenant, je ne me pose plus la question, j’y serai », affirme Mina.

«À Noël, nous allons leur consacrer plusieurs prières»

Les 120 moines de Mar Mina se préparent à la fête de la Nativité qui aura lieu jeudi soir. Le sapin de Noël et la crèche décorent la salle des visiteurs depuis deux semaines. Le jeûne de quarante-trois jours qui précède la fête et pendant lequel les coptes ne consomment pas de viande, de lait ni d’œufs, touche à sa fin.

« Nous envoyons aussi de la nourriture ou de l’argent à des familles chrétiennes démunies. Tous doivent pouvoir ressentir la joie de Noël, même les plus pauvres », explique le P. Eliya. L’événement d’Alexandrie et la présence des corps altèrent pourtant la joie de la célébration cette année.

« Pendant quarante jours après leur mort, à l’occasion de chaque office, nous énumérons les noms des victimes, explique le prêtre. Et pendant la messe de Noël, nous allons leur consacrer plusieurs prières. »

«Le destin des coptes est entre les mains de Jésus»

Le jour de Noël, le 7 janvier, les familles des victimes viendront se recueillir au monastère. « Nous allons essayer de les apaiser, en leur rappelant que leur enfant est auprès de Jésus, comme celui de saint Mina », poursuit le père.

En attendant, les moines, dont 15 sont encore novices, s’affairent à leurs activités respectives : travaux agricoles (le monastère produit principalement de l’huile d’olive), restauration de vieux manuscrits, étude, menuiserie ou travail du marbre.

Lorsqu’on demande au P. Eliya s’il s’inquiète pour l’avenir des chrétiens en Égypte, sa réponse est sans ambiguïté : « Le destin des coptes est entre les mains de Jésus. »
Nina HUBINET, à Mar Mina (Égypte)

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