Malgré les menaces d'attentat, de nombreux chrétiens irakiens se sont rassemblés vendredi 24 décembre pour fêter Noël

Publié le par Père Jean-Pierre

24/12/2010 22:53

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Malgré les menaces d'attentat, de nombreux chrétiens irakiens se sont rassemblés vendredi 24 décembre pour fêter Noël

Dans l'église Saint-Joseph de Bagdad, une poignée de chrétiens assistent malgré leur peur, vendredi soir 24 décembre, à la traditionnelle messe de Noël, en dépit des menaces d'attentats proférées contre leur communauté par Al-Qaïda. "N'ayez pas peur. C'est le message d'aujourd'hui", lance à la quarantaine de fidèles présents le P. Saad Sirop Hanna, prêtre de l'Eglise catholique chaldéenne.

"Ce Noël, la communauté chrétienne est effrayée, elle prend au sérieux les menaces reçues par internet du dénommé Etat islamique d'Irak", souligne toutefois le prêtre, après la messe, qui si tôt finie, voit les fidèles rentrer chez eux.

Ces derniers jours, Mgr Louis Sako, évêque de la ville multiethnique de Kirkouk (240 km au nord de Bagdad), ainsi que dix autres personnalités chrétiennes ont reçu par courriel des menaces de mort du ministère de la Guerre de l'Etat islamique d'Irak (ISI). Cette émanation d'Al-Qaïda, a revendiqué l'attaque contre la cathédrale syrienne-catholique de Bagdad ayant coûté la vie à 44 fidèles et à deux prêtres à Bagdad le 31 octobre. Dix jours plus tard, une série d'attentats visant les domiciles de chrétiens à Bagdad faisait six morts et 33 blessés.

"Devons-nous rester ? devons-nous partir ?"

De fait, la plupart des messes de Noël de vendredi soir ont été annulées et auront lieu samedi matin. Dans l'église aux murs blancs Saint-Joseph, située dans le centre de Bagdad, la majorité des bancs en bois sont vides. "Ce n'est pas notre nombre normal de familles. Celles présentes sont quelques-unes de celles qui ont décidé de rester à Bagdad", explique le père Hanna, en rappelant que beaucoup de chrétiens ont quitté l'Irak depuis 2003.

Sur les 800.000 à plus d'1 million de chrétiens présents en Irak avant 2003, il n'en reste plus qu'environ 500.000. Et "depuis l'attaque du 31 octobre (...) les communautés chrétiennes de Bagdad et de Mossoul ont entamé un lent mais régulier exode", selon le Haut commissariat des Nations Unies aux réfugiés (HCR).

"Les gens se demandent 'devons-nous rester? devons-nous partir?' et ce sont des questions auxquelles il est très difficile de répondre", confie le P. Hanna. Lui-même entend "continuer sa mission dans ce pays", mais "a peur de leur donner une réponse, leur dire de rester". "Et si après ils étaient attaqués ou qu'ils leur arrivaient quelque-chose", s'inquiète-t-il.

"Nous espérons vivre en paix en Irak"

Les mesures de sécurité ont été renforcées autour des églises à l'occasion de Noël. Un important dispositif était ainsi déployé autour de l'église Saint-Joseph: une dizaine d'officiers du ministère de l'Intérieur, armés, montaient la garde, avec notamment un Humvee, doté d'une mitrailleuse.

Au Kurdistan irakien (nord), où les attentats sont rares, les messes de minuit avaient en revanche lieu normalement. "La messe va commencer dans la soirée et continuera jusqu'au jour de Noël. Il y aura des prêtres toute la nuit. Nous prierons pour la paix dans ce pays", explique Bashar Wardeh, prêtre chaldéen à Ainkawa, dans la province d'Erbil.

"Aujourd'hui, nous vivons en sécurité et en paix" au Kurdistan, explique Mayada Bahjat, une fidèle de 39 ans originaire de Bagdad, qui comme beaucoup de chrétiens irakiens s'est réfugiée dans cette région autonome. "Mais, nous espérons retourner à Bagdad et vivre en paix en Irak".
William DUNLOP (AFP, Bagdad)


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