Les Principales Théories de l’Expiation

Publié le par Père Jean-Pierre

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L’expiation désigne le fait que Christ soit mort pour le salut de l’humanité. Les théories de l’expiation visent à l’expliquer. Il existe principalement trois théories, que je vais exposer et critiquer, avant d’en proposer une dernière, qui me semble être la plus juste.

LA THÉORIE DE LA RANÇON : « EN ÉCHANGE DE… » 

Résumé :

C’est l’une des plus anciennes théories. On la trouve notamment chez Origène. D’après cette théorie, l’humanité était devenue l’esclave de Satan à cause de la chute. Dieu a alors proposé un marché à Satan : le Christ contre l’humanité. Satan a accepté, sans s’apercevoir que le Christ ne pouvait pas être retenu par les liens de la mort, puisqu’il est la Vie elle-même. Satan ayant accepté l’échange, l’humanité a été rachetée par Dieu. Et Christ ne pouvant pas être retenu par les liens de la mort, il est ressuscité.

Objections :

Anselme s’est opposé à cette théorie, affirmant que Satan était lui-même hors-la-loi, et n’avait donc rien à réclamer. Notons d’autre part que, dans cette théorie, Dieu est débiteur et tricheur.

LA THÉORIE DE LA SATISFACTION / DE LA SUBSTITUTION PÉNALE : « A LA PLACE DE… » 

Résumé :

La théorie de la satisfaction est un peu plus récente que la théorie de la rançon. On la trouve notamment chez Anselme. Au lieu la mort du Christ soit une rançon versée à Satan, c’est une dette payée à Dieu. Le point de départ reste le même : la chute. L’humanité est pécheresse, elle a offensé l’honneur de Dieu. Etant donné qu’il s’agit de Dieu, cette offense est infinie. Pour réparer cette offense, il fallait un sacrifice. Or seul le sacrifice d’un Dieu-homme pouvait répondre à la hauteur de l’offense. En se sacrifiant, Christ a réparé l’offense et rendu à Dieu son honneur. Ainsi, l’honneur de Dieu est satisfait. La théorie de la satisfaction a été reprise sous une autre forme, c’est la théorie de la substitution pénale. Ici, il n’est pas question d’honneur, mais de peine. Le développement reste le même. L’homme ayant péché doit être puni, il doit subir la peine de mort. Christ accepte de subir le châtiment divin à la place des hommes, afin de les épargner. Christ est donc mort à notre place, c’est une substitution.

Objections :

D’une part, on peut se demander pourquoi Dieu ne pardonne-t-il pas tout simplement les péchés. Les partisans de ces théories affirment que Dieu ne peut pas pardonner (au sens littéral), un péché contre Dieu doit être condamné. D’autre part, cette théorie revient à Dieu que Dieu se paye lui-même, ou qu’il se punit lui-même des péchés commis par les hommes. S’il se rend à lui-même ce qui lui est dû, cela revient à dire qu’il ne s’est rien passé. (Si, par exemple, je transfert de l’argent d’un de mes comptes à un autre, j’ai toujours autant d’argent). Cette théorie vire même au masochisme (Si quelqu’un vous gifle, vous avez le choix de pardonner ou de vous venger, mais si vous vous gifler vous-même, cela n’absoudra pas davantage celui qui vous a offensé que si vous l’aviez tout simplement pardonné. Autrement dit, la gifle est gratuite).

LA THÉORIE DE L’INFLUENCE MORALE : « POUR SERVIR DE MODÈLE A… » 

Résumé :

La théorie de l’influence morale est très différente des deux précédentes. On la trouve tout particulièrement chez Abélard. D’après lui, la mort du Christ est un acte d’obéissance exemplaire qui affecte les intentions de ceux qui viennent à le connaître. L’impression provoquée sur le cœur de l’homme l’adoucie et l’amène à la repentance. Il s’agit de montrer l’exemple aux hommes, plutôt que d’accomplir ou de rétablir la justice.

Objections :

D’une part, cette théorie est subjective plutôt qu’objective : la mort du Christ n’opère rien en soi. Elle conduit à minimiser l’importance du Christ. D’ailleurs, mourir en modèle, le Christ n’est pas le seul à le faire, il y a aussi Socrate… D’autres personnes que Christ ont été bonnes, et sont également des modèles nous.

LA THÉORIE DE LA PARTICIPATION : « POUR S’UNIR A… » 

Résumé :

D’après cette théorie, très influente dans le Christianisme Orthodoxe (mais pas seulement), Dieu le Fils a participé de la nature humaine, afin de vaincre dans son humanité la mort (par la résurrection). C’est en tant qu’homme que Christ a vaincu toutes les tentations et toutes les puissances, qu’il a été obéissant sans faille envers Dieu. Christ représente ainsi l’homme victorieux. Mais il y a quelque chose de plus : les hommes peuvent participer du Christ, de par le fait qu’ils ont une nature humaine commune avec lui. Et par le Christ, qui est à la fois de nature divine et de nature humaine, les hommes peuvent également participer de la nature divine. Ainsi, Dieu le Fils se fait homme, il devient vainqueur en tant qu’homme, ayant une nature commune, les hommes peuvent se « greffer à lui » (l’Eglise est le « Corps de Christ ») et Christ étant Dieu, les hommes deviennent participants de la nature divine.

Objections :

Il n’y a pas (du moins à ma connaissance) de réelle objection contre cette théorie. Il est vrai que c’est la théorie de l’expiation à laquelle j’adhère. Néanmoins, il faut admettre qu’elle est particulièrement métaphysique et complexe, et donc difficile à comprendre. Mais elle a l’avantage de reprendre un grand nombre d’images bibliques.

 

 

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