Les Frères musulmans volent au secours des coptes

Publié le par Père Jean-Pierre

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Les Frères musulmans volent au secours des coptes 

Mots clés : Frères MusulmansCoptesAl-QaidaEgypte

Par tangi salaun
04/11/2010 | Mise à jour : 08:13
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Un policier armé (à gauche) en patrouille, mardi, devant une église copte du Caire.
Un policier armé (à gauche) en patrouille, mardi, devant une église copte du Caire.Crédits photo : KHALED DESOUKI/AFP

Après les menaces d'al-Qaida, la sécurité est renforcée autour des églises égyptiennes. 

Devant l'église Sainte-Marie, au centre du Caire, des policiers surveillent attentivement les allées et venues des passants. Les gilets pare-balles ne sont pas loin, les fidèles fouillés et tout inconnu est prié de rebrousser chemin. Depuis les menaces d'al-Qaida contre la communauté copte orthodoxe, la plus grande minorité chrétienne au Proche-Orient, «l'état d'alerte» a été décrété autour des églises égyptiennes. «Je ne sais pas si la menace est vraiment sérieuse, mais cela montre au moins que le gouvernement ne nous abandonne pas», confie un fidèle.

Affilié à al-Qaida, l'État islamique d'Irak, responsable de l'attaque sanglante dimanche contre une église de Bagdad, a qualifié mercredi les chrétiens égyptiens de «cibles légitimes pour les moudjahidins» après l'expiration de l'ultimatum qu'il avait lancé à l'Église copte pour libérer «des musulmanes retenues prisonnières dans des monastères». Une allusion à deux femmes de prêtres coptes, Wafaa Constantine et Kamelia Shehata. Personne ne sait où sont ces femmes, qui ont en commun d'avoir quitté le domicile conjugal, l'une en 2004, l'autre cet été, et d'y avoir été reconduites par les services de sécurité. Mais la rumeur de leur conversion à l'islam déchire les deux communautés, qui en ont fait de véritables symboles.

Les coptes, environ 8 % des 80 millions d'Égyptiens, affirment qu'elles ont été enlevées et converties de force. Les musulmans soutiennent qu'elles ont embrassé l'islam par choix et sont retenues contre leur gré dans un couvent. En ligne de fond, un vrai problème de société : l'Égypte ne reconnaissant pas le mariage civil et l'Église copte n'acceptant le divorce qu'en cas d'adultère, certains chrétiens trouvent dans la conversion à l'islam le seul moyen d'échapper à un mariage raté. Le sujet est depuis des années à l'origine de crispations parfois violentes entre les deux communautés. Et la tension s'est cristallisée autour de «l'affaire Kamelia».

 

Ambiance malsaine 

 

Depuis cet été, les manifestations se sont multipliées, notamment dans les milieux salafistes, de plus en plus influents en Égypte, pour réclamer avec insistance la «libération» des deux femmes. La polémique a aussi enflé sur les forums islamistes et jusque dans les médias, où des personnalités des deux communautés se sont invectivées. Une ambiance malsaine qu'al-Qaida espère exploiter. Au Caire, les spécialistes du terrorisme relativisent la menace, soulignant que la nébuleuse dirigée par Oussama Ben Laden et son adjoint Ayman el-Zawahiri, ancien chef du Djihad islamique égyptien, n'a pas de réseau actif sur les bords du Nil. Mais les autorités ne peuvent ignorer qu'il y a dix mois, le soir du Noël orthodoxe, une fusillade contre une église de Nagaa Hamadi, près de Louxor, a fait sept morts, dont six coptes. Dans un contexte marqué par une recrudescence des violences interreligieuses et de lourdes incertitudes politiques, avec des interrogations persistantes sur la santé du président Hosni Moubarak, «on ne peut pas écarter le risque de voir des individus tirer prétexte de ces menaces pour commettre des attentats», reconnaît un expert.

Cela n'a pas échappé aux Frères musulmans, dont émanent idéologiquement la plupart des groupes extrémistes, mais qui ont renoncé à la violence depuis plus de trente ans. Mardi, le mouvement islamiste interdit, mais toléré, a volé au secours des coptes. «Les Frères musulmans avertissent tout le monde - et en premier lieu les musulmans - que la protection des lieux de culte de tous les enfants des religions monothéistes est la mission de la majorité musulmane», a-t-il annoncé dans un communiqué.

La confrérie sait qu'elle aussi a tout à perdre d'une flambée de violences, alors que son statut de principal groupe d'opposition au Parlement sera remis en cause lors des législatives à la fin du mois.

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