LE SEIGNEUR SOUS LES TRAITS D'UNE FEMME par St Nicolas de Jitcha [1] Les dix drachmes

Publié le par Père Jean-Pierre


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Pouvez-vous croire que le Christ le Sauveur se soit représenté Lui-même sous les traits d'une femme dans deux de ses paraboles? L’une est celle de la femme qui a pris trois mesures de farine « Le royaume des cieux est semblable à du levain qu'une femme a pris et mis dans trois mesures de farine, jusqu'à ce que la pâte soit toute levée.» Matthieu 13:33. Mais d'abord, parlons de l'autre où le Seigneur nous parle de la femme qui avait dix drachmes et en avait perdu une. Ce sont les plus mystérieuses de toutes les paraboles du Sauveur. Comme la parabole de la drachme perdue est courte, nous la citerons en entier.
« Ou quelle femme, si elle a dix drachmes, et qu'elle en perde une, n'allume une lampe, ne balaie la maison, et ne cherche avec soin, jusqu'à ce qu'elle la retrouve? Lorsqu'elle l'a retrouvée, elle appelle ses amies et ses voisines, et dit: Réjouissez-vous avec moi, car j'ai retrouvé la drachme que j'avais perdue. »
(Luc 15:8-9).
À première vue, cette parabole semble si simple, voire naïve, qu’elle n’impressionne pas le lecteur de l'Evangile. En fait, cependant, c’est le mystère de l'univers qui se révèle dans cette parabole simple.
Si nous la prenons à la lettre, elle laisse perplexe. La femme a perdu une seule drachme. Même dix drachmes ne représentent pas une grosse somme ; en fait, une femme qui n'a que dix drachmes doit être très pauvre. Supposons, tout d'abord, que retrouver la drachme perdue représente un grand gain pour elle. Pourtant, cela présente encore un paradoxe, car comment se fait-il que si cette femme est si pauvre, elle allume des lampes, balaie la maison et demande à tous ses amis et voisins de venir partager sa joie. Et tout cela pour une drachme! Une telle perte de temps -allumer des lampes et mettre en ordre la maison en tout premier lieu ! En outre, si elle invite ses voisins, elle est tenue, selon la coutume orientale, de leur offrir quelque chose à manger et à boire, ce qui n’est pas une dépense négligeable pour une femme pauvre. Ne pas le faire reviendrait à tenir pour rien une coutume immuable.
Un autre point important à noter, c'est qu'elle n'a pas invité uniquement une seule femme à qui elle aurait pu offrir quelques douceurs, ce qui n'aurait pas occasionné une grosse dépense. Mais elle a invité de nombreux amis et voisins, et même si elle les recevait avec modestie les frais dépasseraient de loin la valeur de la drachme qu'elle avait trouvée. Pourquoi alors devrait-elle chercher la drachme avec tant de soin et se réjouir de la trouver, simplement pour la reperdre d'une autre manière? Si nous essayons de comprendre cette parabole dans son sens littéral, elle ne rentre pas dans le cadre de la vie quotidienne, mais donne l'impression de quelque chose d’exagéré et d’incompréhensible. Essayons donc de découvrir sa signification mystique ou cachée. Qui est cette femme? Et pourquoi est-ce une femme et non un homme, alors qu’un homme est plus susceptible de perdre de l'argent dans la routine ordinaire de la vie ? De qui est cette maison qu'elle balaie et illumine ? Qui sont ses amis et ses voisins? Si nous cherchons sa signification spirituelle au lieu de prendre la parabole à la lettre, nous trouverons les réponses à ces questions. Le Seigneur a dit : Cherchez et vous trouverez.
La femme représente Jésus-Christ, le Fils de Dieu Lui-même. Les dix drachmes sont les siennes. C'est Lui qui a perdu l'une d'entre elles et part à sa recherche. Les drachmes ne sont pas des pièces d'or ou d'argent. Selon les théologiens orthodoxes, le nombre dix représente la plénitude. Les neuf drachmes non perdues sont les neuf ordres des anges. Le nombre des anges est au-delà de la portée des mortels, car elle excède nos possibilités de calcul. La drachme perdue représente l'humanité dans son ensemble. C'est pourquoi le Christ, le Sauveur est descendu du ciel sur la terre, à sa maison, et allumé une lampe, la lumière de la connaissance de Lui-même. Il a nettoyé la maison, c'est-à-dire qu’Il a purifié le monde de l'impureté diabolique et a retrouvé la drachme perdue, l'humanité égarée et perdue. Puis il a appelé ses amis et voisins (après sa glorieuse Résurrection et l'Ascension), c'est-à-dire, tous les invités innombrables, chérubins et séraphins, anges et archanges, et leur a révélé sa grande joie. Réjouissez-vous avec moi. J'ai trouvé la drachme perdue! Cela veut dire: j'ai trouvé des hommes pour combler le vide dans le Royaume des Cieux, causé par la chute des anges orgueilleux qui ont apostasié de Dieu. À la fin des temps le nombre de ces âmes retrouvées et sauvées aura atteint des milliards, ou, dans le langage de l'Écriture, seront innombrables comme les étoiles dans le ciel et le sable sur le rivage.
Notre Seigneur se décrit Lui-même comme une femme parce que les femmes sont plus avisées que les hommes pour s'occuper des biens quand elles gardent la maison en ordre et reçoivent des invités. Si cette brève parabole, qui se compose de seulement deux phrases, est expliqué de cette manière, quel cœur n’en tremblera-t-il pas ? car elle contient toute la tragédie du monde, visible et invisible. Elle explique pourquoi le Fils de Dieu est venu sur la terre. Elle projette un rayon lumineux sur l'histoire de l'humanité et la tragédie de l'existence de chaque individu. Elle nous confronte à une décision urgente - parce que notre vie passe rapidement - une décision quant à savoir si nous voulons être la drachme perdue et retrouvée par le Christ ou non. Le Christ est à notre recherche. Allons-nous cacher de Lui, ou nous laisser trouver par Lui, avant que la mort nous cache de Lui, du monde et de la vie?
C’est est une question vitale et elle se trouve dans notre volonté de L’accepter ou de Le rejeter. Après la mort elle cessera d'être une question ouverte, et personne alors n'attendra à une réponse de notre part. " (à suivre)
(extrait et traduit de Orthodox Life, 1951, Nos. 5 and 6 par Maxime Le Minime)

Sainte Wilgeforte (église St Guidon)

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