Le 16 mars, mémoire de notre vénérable Père CHRISTODULE le THAUMATURGE, fondateur du Monastère de Saint-Jean-le-Théologien à PATMOS Cet admirable disciple du Seigneur naquit dans un petit villa

Publié le par Père Jean-Pierre

Le 16 mars, mémoire de notre vénérable Père CHRISTODULE le THAUMATURGE, fondateur du Monastère de Saint-Jean-le-Théologien à PATMOS

St ChristoduleCet admirable disciple du Seigneur naquit dans un petit village de Bithynie, vers l'an 1020. Eclairé par la Grâce, il fit de brillantes études, au cours desquelles il apprit à mépriser les choses temporelles pour préférer ce qui demeure éternellement. Comme ses parents avaient arrangé. contre sa volonté, ses fiançailles avec une jeune fille de bonne famille, il s'enfuit secrètement pour le Mont Olympe, où il devint disciple d'un ancien réputé pour sa sagesse et sa science dans les choses de Dieu. Revêtu par lui du saint habit angélique sous le nom de Christodule, le jeune moine s'efforçait d'imiter en tout la conduite de son père spirituel, qu'il regardait comme une icône vivante du Christ. Il matait sa chair par le jeûne et passait des nuits entières en prière.

Son ancien étant parti vers les demeures éternelles au bout de trois ans. Christodule, craignant que ses parents ne tentent de le ramener à la vie mondaine, entreprit un pèlerinage à Rome, où il vénéra avec dévotion les Reliques des Saints Apôtres Pierre et Paul qui lui révélèrent en songe sa carrière à venir. De là il se rendit en Terre Sainte et alla vivre avec les ascètes dans les âpres déserts de Palestine, puis il entra dans un monastère où il mena une vie exemplaire. Mais il dut bientôt prendre la fuite devant la menace de l'invasion turque. Il s'embarqua alors avec quelques autres moines pour l'Asie Mineure et alla se réfugier au célèbre centre monastique du Mont Latros11, où il reprit avec ardeur ses labeurs ascétiques, faisant l'admiration de ses compagnons. Il ne se nourrissait que de pain d'orge et d'eau, mais aux grandes fêtes il mangeait de tout, afin de ne pas être considéré comme un de ces hérétiques (manichéens) qui condamnent les aliments comme mauvais. Constatant son discernement, les moines du Monastère du Stylos voulurent l'élire supérieur. Le Saint s'y refusa tout d'abord, de peur de perdre son bien le plus précieux, l'hésychia, mais il dut finalement se résoudre sur les instances du Patriarche Cosmas (1075-1081). Il se heurta bientôt à des anomalies dans le fonctionnement du monastère et pressé par l'avancée menaçante des Turcs Seldjoucides, qui mettaient à sac toute l'Asie Mineure à la suite de la sinistre bataille de Mantzikert (1071), il dut donc démissionner au bout de trois ans et se retira de nouveau en quête de la sainte quiétude. Il s'installa alors dans un monastère à Strobilos2 , et sur la proposition de l'higoumène Arsène Skinouris il accepta de prendre en charge la dépendance de ce monastère, située dans l'île de Kôs, où il fonda un monastère dédié à la Mère de Dieu. Mais les troubles occasionnés par la fréquentation des séculiers l'obligèrent à chercher un nouvel asile plus favorable à la vie contemplative.

Après de nombreuses recherches il trouva l'objet de son désir l'île de Patmos déserte et dépourvue de toute consolation humaine, où Saint Jean le Théologien avait été exilé et avait reçu ses divines révélations. Il se rendit alors en hâte à Constantinople pour demander à l'empereur Alexis 1er Comnène (1081-1118) de lui concéder ce territoire, en vue d'y fonder un monastère dédié au Disciple Bien-Aimé. Admirant la sainteté et les moeurs raffinées de cet homme de Dieu, le souverain lui proposa plutôt de prendre la direction des moines du Mont Zagora, en Thessalie, qui étaient dépourvus de guide spirituel. Le saint lui répondît qu'il ne désirait qu'une chose : un lieu calme et retiré des affaires du monde pour y vaquer à la prière; mais que, par obéissance, il rédigerait pour ces moines une règle de vie et s'ils s'engageaient à la suivre il accepterait de prendre leur direction. Il rédigea alors un Typikon dans lequel il prescrivait aux moines de renoncer à toute propriété privée et à leur volonté propre pour vivre dans le dépouillement et l'obéissance, avec patience et espérance en la seule grâce divine. La vocation propre des moines étant de demeurer sans distractions en présence de Dieu et de ses Saints, il leur ordonnait d'éviter les relations avec les séculiers, et leur recommandait en outre de confesser scrupuleusement toute mauvaise pensée à leur père spirituel et de faire trois mille métanies le jour et autant la nuit, en priant avec attention et componction, comme s'ils se trouvaient devant le tribunal de Dieu. Ces saints préceptes, qui étaient une fidèle expression des traditions des Pères, parurent amères comme l'absinthe aux moines relâchés de Zagora, et c'est avec joie et soulagement que Saint Christodule apprit leur refus de le voir prendre leur direction. Il renouvela alors sa requête et l'empereur lui accorda l'île de Patmos en toute propriété et indépendance à l'égard des autorités civiles, avec exemption de taxes et de toute autre charge. Il ordonna en plus que le blé nécessaire à leur subsistance soit fourni aux moines chaque année par le trésor, afin qu'ils puissent se consacrer sans autres soucis à la prière pour son salut et celui de l'Empire.

Dès que le Saint débarqua à Patmos, muni du précieux chrysobulle attestant ses droits sur l'île désormais entièrement consacrée à la vie angélique, il commença par renverser une ancienne statue d'Artémis et entreprit la construction d'une église dédiée à Saint Jean le Théologien, aidant de ses propres mains les ouvriers pendant toute la journée et ne prenant sa maigre pitance qu'après le coucher du soleil. Le soir venu, lorsque les ouvriers allaient prendre leur repos, il élevait les mains vers Dieu et priait jusqu'à l'aube. La renommée de Saint Christodule attira vers Patmos un grand nombre de visiteurs et aussi de nombreux habitants des îles voisines, qui souffraient de la famine en ces temps difficiles. Un jour qu'ils étaient venus particulièrement nombreux, le Saint ordonna à son cellérier de leur donner à manger. Celui-ci objecta que les réserves du monastère étaient presque épuisées, mais sur l'insistance du Saint il fit dresser la table et, par la grâce de Dieu, cette foule fut non seulement rassasiée mais les restes dépassèrent de beaucoup ce qu'on avait disposé au début sur la table.

Saint Christodule demeura cinq années à Patmos, surveillant les constructions du monastère et organisant la vie de la communauté dans. la plus pure tradition de Saint Basile et de Saint Sabas. Il insistait en particulier sur leur séparation du monde et sur le détachement de toute autre préoccupation que celle du salut de l'âme. Mais l'Ennemi de tout bien, profitant de ce que l'attention de l'empereur Alexis était tournée vers l'Occident pour s'opposer aux Normands, suscita de nouvelles incursions turques sur les côtes de l'Asie Mineure et sur les îles. Le monastère était presque achevé, mais ses fortifications étaient insuffisantes pour soutenir un siège, aussi le Saint se résolut-il à se retirer en quête d'une résidence plus sûre. Rassemblant ses moines, il les exhorta à ne placer leur espérance qu'en Dieu et à distribuer toutes les réserves du monastère aux ouvriers laïcs installés sur l'île avec leurs familles, avant de s'embarquer pour Euripos3. Le puissant gouverneur de cette région, Eumithios, était fils spirituel du Saint, aussi c'est avec une grande joie qu'il accueillit les moines réfugiés et leur fournit tout ce qui était nécessaire à leur subsistance. Saint Christodule fonda là un monastère provisoire, puis, sentant sa fin prochaine, il convoqua son plus proche disciple, Sabas, le désigna comme successeur, lui transmit ses instructions pour le gouvernement des frères et lui ordonna de se rendre à Patmos, afin d'y préparer la réinstallation de la communauté. Lorsque vint la première semaine du Grand Carême, il s'enferma dans sa cellule afin de rester seul avec Dieu et, au début de la seconde semaine, il convoqua tous ses moines, les bénit et dicta son Testament, dans lequel il exhortait ses disciples à ne rien accumuler de périssable en cette vie passagère et à préférer la quiétude désertique de Patmos aux riches monastères urbains, où la prière des moines est troublée par le contact des séculiers. Puis, après leur avoir demandé de prendre avec eux son corps lors de leur retour à Patmos, il remit paisiblement son âme au Seigneur (le 16 mars 1093). Comme on avait refusé de rendre aux moines la précieuse Relique lors de leur départ, ils revinrent un peu plus tard, en secret, à Euripos et s'en emparèrent au moyen d'une pieuse piraterie4. Par la suite, le Monastère de Patmos, protégé par les miracles de Saint Christodule, est resté un des hauts lieux du monachisme orthodoxe, d'où furent issus maints Evêques et Patriarches, et dans lequel sont conservés jusqu'à aujourd'hui de nombreux manuscrits, Icônes et objets précieux5.

1. Cf. 15 déc. la notice de St Paul le Jeune, fondateur du Monastère du Stylos.
2. Petite ville de Lycie. située en bordure de mer.

3. L'île d'Eubée.

4. La translation de ses Reliques est commémorée le 21 octobre.
5. En 1988, a été célébré solennellement le neuvième centenaire de la fondation du Monastère de Saint-Jean-le-Théologien, en présence du Patriarche OEcuménique des représentants de toutes les autres Eglises Orthodoxes.

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