le 10 décembre, mémoire de notre vénérable Père THOMAS DEFOURKINOS

Publié le par Père Jean-Pierre

 

Saint Thomas fleurit sous le règne de Léon VI le Sage (886-912). Originaire des environs du mont Kymina en Bythinie1 il apprit, dès son plus jeune âge, à aimer la vie monastique, car son père avait coutume de l'emmener fréquemment visiter les nombreux moines qui demeuraient là. Initié aux rudiments des observances monastiques et ayant appris par coeur le Psautier et le Livre des Epîtres, il embrassa avec ardeur la vie angélique et s'efforça, par les rudes combats de l'ascèse, d'orner l'image de Dieu déposée en lui, en y appliquant les couleurs harmonieuses des saintes vertus.

Un riche personnage de Constantinople avait alors entrepris la fondation d'un monastère pour la gloire de Dieu et le salut de son âme, et il avait demandé le conseil de l'Evêque de la région pour le choix d'un moine vertueux et expérimenté comme Higoumène. Recommandé comme exemple vivant de l'observation rigoureuse de toute la discipline monastique, Thomas devint supérieur de la nouvelle communauté. Il continuait néanmoins ses combats pour élever son âme dans les hauteurs et, plus il essayait de se cacher aux yeux des hommes, plus on accourait à lui pour jouir de sa sainte présence. Au bout de quelque temps, il trouva un remplaçant et prit congé des frères pour gagner la solitude, mais ses moines, inconsolables, partirent bientôt à sa recherche et n'eurent de répit qu'en le ramenant au monastère, après lui avoir promis de lui construire une cellule isolée où il pourrait rester comme reclus, tout en assurant la direction spirituelle des frères.

Mais le père du mal, le diable, ne supportant pas de se voir sans cesse provoqué par les audacieux combats du Saint, déchaîna contre lui des épreuves corporelles. Pendant trois ans, il lui envoya continuellement des moustiques qui l'assaillaient jour et nuit, et rendirent son corps méconnaissable par leurs piqûres. Puis ce furent des nuées de mouches, et encore des bataillons d'innombrables fourmis, qui vinrent le tourmenter, sans parvenir cependant ni à lui faire quitter sa cellule ni à le distraire de sa prière incessante et de sa ponctualité dans l'organisation de sa vie. Il affrontait ces épreuves comme un véritable disciple du Christ: méprisant les vaines machinations du démon, et le repoussant au loin par le jeûne et l'invocation du Nom de notre Seigneur. Au bout de neuf ans de lutte, le Malin tenta une nouvelle offensive en remplissant sa cellule de serpents venimeux à l'aspect rebutant. Ils étaient si nombreux que Thomas ne pouvait pas s'asseoir ou déplacer un objet sans en trouver un. Mais, là encore, même constance et ferme confiance dans l'assistance de Dieu, malgré les piqûres et morsures continuelles de ces bestioles, pendant plus de onze années.

Un jour que le serviteur de Dieu célébrait la Sainte Liturgie, assisté d'un jeune disciple, le démon surgit silencieusement derrière lui, sous la forme d'une bête monstrueuse, semblable à un boeuf difforme. Le jeune frère, devant ce spectacle, resta paralysé de terreur, pendant que le Saint poursuivait paisiblement ses prières, tout plongé en Dieu. Venant à se retourner, il vit le monstre, mais sans aucunement se troubler, il rappela vers lui son disciple d'une voix impérative et termina la Liturgie. Puis, sortant du Sanctuaire, il s'approcha de la bête qui tenta de le mordre; mais aussitôt qu'elle eût touché l'ornement du Saint, elle fut comme brûlée par une flamme ardente et s'enfuit en courant pour se jeter dans un précipice et disparaître. Le visage du bienheureux, triomphant des embûches du diable, s'illumina alors de lumière divine; et les serpents, qui infestaient depuis tant d'années sa cellule, périrent sur le champ, dévorés par une nuée d'oiseaux. Dès lors délivré de toute tentation, Saint Thomas reçut, avec la paix imperturbable du coeur, le pouvoir d'accomplir des Miracles et de prédire l'avenir, ce qui eut pour effet d'attirer à lui des foules plus nombreuses de visiteurs qui venaient troubler sa solitude pour demander son assistance. L'empereur Léon VI lui-même, ayant envoyé un émissaire auprès du Saint moine pour éprouver son don de clairvoyance, se trouva confondu en recevant la réponse à lénigme quil lui avait envoyée, sans même que Thomas ait eu besoin de prendre connaissance de son message. Devant une telle affluence, redoutant comme la peste la gloire qui vient des hommes, Saint Thomas organisa sa succession et quitta de nouveau le monastère pour trouver refuge dans un lieu inaccessible, perché dans les hauteurs. Il y demeura totalement seul avec Dieu pendant de nombreuses années, n'acceptant de descendre au monastère que lorsque l'âme de l'un ou l'autre des frères était en danger. Parvenu à un grand âge, il tomba légèrement malade, et remit en paix son âme entre les mains de Dieu.

1. Proche du Mont Olympe, le Mont Kyminas était à cette époque un important centre monastique, illustré en particulier par le séjour de Saint Athanase l'Athonite (5 juillet) et de son père spirituel, Saint Michel Malëinos (12 juillet).

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