La Russie, un pays de plus en plus étranger aux Français

Publié le par Père Jean-Pierre

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Alors que le président russe est arrivé à Paris lundi 1er mars pour lancer une année franco-russe, l’apprentissage de la langue recule dans les collèges et les lycées, et la nécessité d’avoir des visas freine les voyages


Nicolas Sarkozy et le président russe Dmitri Medvedev, lors du sommet Union européenne-Russie de Nice, le 14 novembre 2008 à Nice (Photo : AFP/HACHE).

Au moment où commence l’année croisée de la France en Russie et de la Russie en France, avec la visite mardi 2 mars à Paris du président russe Dmitri Medvedev, les discours officiels insistent sur la chaleur et l’ancienneté des liens culturels entre nos deux pays. Pourtant, à mieux y regarder, les liens se sont beaucoup distendus au cours des quinze dernières années et ont profondément changé.

Ainsi, le nombre d’élèves qui apprennent le russe dans les collèges et les lycées français a-t-il été divisé par deux entre 1991 et 2002, selon l’Association française des russisants(AFR), qui regroupe les enseignants de russe. Il représente 15000 élèves aujourd’hui. De plus, la moitié des professeurs de russe du secondaire va partir à la retraite dans les cinq ans sans être remplacée. « C’est l’effet d’une évolution des mentalités, analyse Philippe Comte, le président de l’AFR. Les lycéens veulent aller vers ce qui est utile. Et l’utile, en ce moment, c’est le chinois… »

Certes, il existe toujours quelques écrivains et cinéastes russes connus en France, comme Vladimir Sorokine ou Pavel Lounguine. Mais ils ne touchent qu’un public cultivé. L’image de la Russie s’est dégradée, du fait des violations des droits de l’homme et des coupures des livraisons de gaz vers l’Europe. « Ceux qui s’intéressaient traditionnellement à la Russie étaient les enfants de l’immigration russe, les sympathisants communistes et les enfants de familles cultivées. Il ne reste plus, aujourd’hui, que cette troisième catégorie », remarque Philippe Comte.

«Blancs» et «rouges» ont porté les relations franco-russes

La présence en France d’une importante immigration « blanche » avait contribué au lien franco-russe. Mais ces dernières années, plusieurs institutions créées par cette immigration ont disparu. C’est le cas de La Pensée russe , le fameux journal de l’intelligentsia russe. Il vient d’être racheté par un oligarque. La rédaction a déménagé de Paris à Londres et le titre ne paraît plus. Le Centre d’études russes de Meudon a fermé en 2002. La cathédrale de Nice a perdu son procès face au Patriarcat de Moscou, qui a voulu en récupérer la propriété.

Le cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois est un autre de ces hauts lieux. Reposent ici l’écrivain Ivan Bounine, le prince Youssoupov ou le danseur Rudolf Noureev. Tatiana Chancheff, présidente du Comité pour la conservation des sépultures russes, se bat pour préserver ce lieu. « Alors qu’on en arrive aujourd’hui à la quatrième génération de descendants, certains ont moins d’attachement », regrette-t-elle.

L’intérêt pour la culture russe était également cultivé par les communistes français. Ils avaient créé d’importants relais, comme l’Association France-URSS qui organisait des voyages. « Cette association existe toujours, elle a changé de nom et n’a plus les mêmes moyens », raconte Viktoria Kloujine, directrice du site Russie.net, qui avec ses 10 millions de pages vues par mois est désormais l’un des principaux carrefours franco-russes.

Le nombre de voyages en Russie stagne

« La Russie s’efforce à nouveau, aujourd’hui, de soutenir ces associations. On voit maintenant dans les soirées de l’ambassade se côtoyer des héritiers des « rouges » et des « blancs », qui ne pouvaient pas se voir auparavant. Aujourd’hui, ils sont également d’accord pour soutenir le régime de Vladimir Poutine », remarque-t-elle.

Aujourd’hui, d’autres moteurs ont pris le relais pour animer la relation franco-russe. Mais ils n’ont pas la même puissance. Le plus important est peut-être l’existence d’un nombre de plus en plus grand de couples franco-russes. Ils sont au moins 12000, selon l’ambassadeur de Russie en France, Alexandre Orlov, « et le chiffre ne cesse d’augmenter », dit-il. Cela rend nécessaire l’adoption d’une convention bilatérale, afin d’éviter les drames comme celui survenu récemment avec l’enlèvement par sa mère de la petite Élise.

Les liens passent aussi par les voyages en Russie, mais leur nombre stagne, notamment à cause des formalités de visa, et du manque d’infrastructures sur place. Plus de 90% des voyages touristiques sont toujours à destination de Moscou et Saint-Pétersbourg, ce qui est très limité, s’agissant du plus grand pays du monde.

Viktoria Klijine observe, en revanche, l’apparition en France d’une nouvelle population russe, issue des classes aisées. « Ce ne sont pas forcément des milliardaires, comme ceux qui achètent sur la Côte d’Azur, mais aussi des gens aisés qui continuent de travailler en Russie et choisissent de vivre une partie de l’année en France, ou bien d’envoyer leurs enfants dans des universités françaises. » Le regain d’intérêt pour la Russie en France passe peut-être par cette nouvelle communauté russe qui se forme en France.
Alain GUILLEMOLES


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