Henri Loyrette, président-directeur du musée du Louvre : « Le Louvre veut valoriser les arts de Byzance »

Publié le par Père Jean-Pierre

4/03/2011 19:06

Henri Loyrette, président-directeur du musée du Louvre : « Le Louvre veut valoriser les arts de Byzance »



Après le département des arts de l’Islam, le musée national prépare un nouveau département des arts de Byzance et des chrétientés d’Orient


Coupe au croisé. Début du XIIIe siècle, céramique sgraffito (Louvre) 

La Croix : Il y a un peu plus d’un an, Nicolas Sarkozy avait annoncé la création d’un département du Louvre dédié aux « arts des chrétientés d’Orient, des arts byzantins et slaves ». Où en est-on ? 

Henri Loyrette : Il va être officiellement créé cette année. Le Louvre compte huit départements dont celui des arts de l’Islam depuis 2003. L’ouverture d’un neuvième département nécessite un décret mais aussi une modification de l’ordonnance de 1945 sur les musées de France. Car chaque département du Louvre est aussi expert dans son domaine pour l’ensemble des collections publiques françaises… 

Comment est née l’idée de ce département ?

C’est le fruit d’une réflexion engagée à mon arrivée au Louvre. J’ai souhaité revenir à sa vocation première qui est d’être un musée encyclopédique et universel. Or très vite, des lacunes nous sont apparues. Par exemple, le Louvre ne possédait jusqu’à une date récente que trois peintures américaines ! 

D’autre part, certaines de nos collections importantes n’avaient pas la visibilité qu’elles méritaient. C’était le cas des arts de l’Islam qui ne bénéficiaient que de quelques salles au sein des antiquités orientales. D’où l’idée de leur aménager un nouveau département qui ouvrira en 2012, dans la cour Visconti.

L’idée d’un autre département dédié aux « arts de Byzance et des chrétientés d’Orient » s’est imposée ensuite très logiquement. Là aussi, nous possédons des collections remarquables, insuffisamment mises en valeur. 

Si l’art copte est assez bien représenté au sein des antiquités égyptiennes (1), notre collection byzantine – l’une des premières au monde avec celles des musées de Washington, d’Athènes et de Berlin – est disséminée à travers le Louvre. Ce qui la rend incompréhensible. Sans compter nos ensembles épars, par exemple d’icônes russes ou crétoises. Il fallait réunifier tout cela.

La création de ces deux départements, l’un dédié aux arts de l’Islam, l’autre aux chrétiens d’Orient, implique-t-elle une nouvelle approche axée sur des critères religieux ?

Non, l’approche du Louvre reste civilisationnelle, et non pas confessionnelle. Même si dans ces civilisations, le fait religieux est primordial. C’est pourquoi nous parlons des arts de l’Islam avec un I majuscule, et non pas de l’islam comme religion. 

C’est pourquoi aussi le titre de notre neuvième département sera « le département des arts de Byzance et des chrétientés d’Orient ». Le terme « chrétientés » renvoie ici clairement à des royaumes chrétiens qui furent des entités politiques, de la Sainte Russie à Chypre en passant par l’Arménie… Il ne s’agit pas de traiter, par exemple, de la Syrie devenue islamique.

À l’heure où nombre de chrétiens d’Orient, les coptes par exemple, souffrent de persécutions, la création d’un tel département au sein des musées de France a-t-elle une signification politique ?

Dans le cas du département des arts de l’Islam, il y avait clairement la volonté politique d’expliquer cette culture qui fait aujourd’huidébat et autour de laquelle il y a beaucoup d’ignorance. Cela est moins vrai avec Byzance. Il reste que valoriser ces œuvres au Louvre, c’est une façon de rappeler que ces civilisations chrétiennes existent, qu’elles font partie de l’histoire de ces territoires et que ces faits ne peuvent certainement pas être gommés ou négligés.

Quand les visiteurs du Louvre verront-ils ces changements ?

En 2014, les collections byzantines et slaves pourront être redéployées dans les salles hier dévolues aux arts de l’Islam, soit près de 1 000 m2. Le parcours commencera à la mort de Théodose en 395, qui marque la fracture entre l’Empire romain d’Orient et d’Occident, et se prolongera jusqu’à la Russie de Pierre Le Grand. Les collections coptes, chapeautées par ce neuvième département, resteront quant à elles, avec celles de l’Égypte romaine, et dans le voisinage des nouvelles salles dédiées aux Arts de l’Islam.

Déjà, les expositions Armenia Sacra en 2007 ou Sainte Russie en 2010 ont marqué l’intérêt renouvelé du Louvre pour ces territoires. D’autre sprojets suivront. Une exposition autour de Byzance et l’Islam par exemple, sur la façon dont ces deux civilisations ont noué des contacts et se sont superposées, serait passionnante…

Recueilli par SABINE GIGNOUX

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