DIMANCHE DU PARDON - "Peut-on tout pardonner ?" par Père Alexandre WINOGRADSKY

Publié le par Père Jean-Pierre

Apres l’office des vepres du dimanche soir qui precedent l’entree dans le temps du Grand Jeune (Careme) qui debute le lundi dans la tradition byzantine, le clerge et les fideles accomplissent un rite profond et signifiant, riche. C’est le dimanche du pardon (прощеное воскресенье). Le rite est tres long et solennel dans la tradition slave. Apres une serie de prieres de repentance et de pardon, le clerge de tout rang et les fideles se prosternent deux par deux- face a face, se demandent mutuellement pardon pour toutes les fautes volontaires et involontaires, conscientes et non-conscientes et se relevent en s’embrassant dans l’esperance de la Resurrection. Le rite que nous avons accompli hier au Patriarcat grec-orthodoxe de Jerusalem, etait succinct. Souvent le clerge et les fideles echangent en grec un “kali saratakosti” (bonne quarantaine = de jeune), voire souvent “kalo Passkha”. Le Patriarche Theophilos avait lu, au debut une priere penitentielle qui implorait le pardon de Dieu. Cinq personnes m’ont dit “tzom kal - צום קל” (jeune paisible, simple) en hebreu. La phrase est curieusement un decalque de celle que l’on dit pour le Yom Kippur, comme si l’on devait mettre l’accent sur le jeune - en fait, l’accent est sur le pardon et, en hebreu il serait logique alors de dire “shalom uslikhah - שלום וסליחה”.

Il est certain que le rite provient du Kippur ou “Jour de Grand Pardon”. Le pardon s’exprime de maniere constant dans la priere chretienne, mais uniquement en grec dans le Notre Pere qui indique: “Padonne-nous nos offenses (peches, remets-mous nos dettes) comme nous avons deja remis, pardonne a ceux qui nous ont offenses”. Mais le sens du Kippour est bien different car il prend un valeur sacrificielle de notre vie comme elle l’etait dans la tradition sumerienne et dans le sacrifice au dixieme jour du mois de tishri (nouvelle annee d’automne). Pour ceux qui n’en seraient pas persuades a la lecture du Nouveau Testament, il faut rappeler que l’affirmation du caractere propitiatoire du sacrifice du Christ dans l’epitre aux Romains 3, 25 et ;unite du sacerdoce du Christ dans l’ epitre aux Hebreux 9 Ch. 7 et 8 ) presupposent une meditation approfondie de la theologie de Yom Kippour.

Dans le cas du christianisme oriental, il est tres significatif que cette demande de pardon se fasse a l’entree du Careme qui est aussi un temps de reconciliation. Mais c’est un temps ou l’on marche vers la Resurrection. En fait, c’est le temps du debut de la nouvelle annee pour la tradition biblique, de la pemiere moisson. La participation au mystere de la resurrection du Chist requiert aussi un approfondissement des parole de saint Matthieu (5, 21.24.25). Au verset (19) “Car c’etait Dieu qui, dans le Christ, se reconciliait le monde, ne tenant plus compte de la faute des hommes, et mettant en nous la parole de reconciliation.” Et: “Celui qui n’avait pas connu le peche, Il (Dieu) L’a fait pour nous sacrifice pour le peche (grec: amartian epoiesen = asham en hebreu) afin qu’en Lui nous devenions justices de Dieu (2 Corinthiens 17-21).

Comme le mois nouveau de Adar (rosh chodesh Adar = ראש חודש אדר) a commence pratiquement pendant le shabbat car la lune est alors nee (a 11 h.10 a Jerusalem), et qu’il faut alors se rejouir, le jeune du Yom Kippour katan יום כיפור קטן - ou “Petit Jour de Pardon” avait ete avance au jeudi. Ces petits Yom Kippour ont ete instaures au 16eme siecle par l’Ecole de Safed puisque la lune est eclaire par le soleil par des reflets qui laisseraient croire qu’elle parait, nait, grandit, devient pleine puis diminue et disparait. Ceci montre une permanence physique dans la fidelite de Dieu qui s’exprime par une dimension de double reflet: de la blancheur lumineuse de la lumiere du soleil sur la lune et de ce reflet de la lune sur la terre.

Peut-on tout pardonner? La question se pose de facon tres reelle a tous les niveaux de la societe, mais aussi de la nature humaine. Il y a la question de Simon-Kaipha a Jesus: “Combien de fois dois-je pardonner? sept fois?” - Jesus repond; “soixante-dix(-sept) fois sept fois (Matthieu 18, 21). Que la mesure soit de 49 ou depasse 50, il ne faut pas penser que c’est une mesure determinee. Elle excede precisement, dans sa symbolique, les 500 qui etait la mesure ou middah ( mesure parfaite dans le Temple). Ici, la question n’est pas dans un batiment ou dans une mesure rituelle. Il y a une plenitude d’une autre nature et c’est la que se situe le pardon. Soyons francs ou ayons l’honnetete de dire que le pardon le plus elementaire pour des vetilles pose deja des questions relationnelles enormes. Alors lorsqu’il s’agit de pardonner des manquements bien plus profonds et graves, souvent en lien avec la vie et la mort, la question est bien plus difficile a resoudre.

Le judaisme francais - la societe francaise - est actuellement interrogee par le deces de Maurice Papon. Juge pour crime contre l’humanite et poursuivi par les associations juives, il peut poser une question sur le pardon et ou la justification de son jugement. Pour ma part, omme je l’ai explique succinctement dans l’article “Qiyum - Existence 1 et 2″, je ne me suis jamais senti reellement solidaire d’une action qui consiste a poursuivre un haut fonctionnaire francais dont les manquement - certes tres graves (mais moins importants que les actions menees par d’autres qui ne furent jamais inquietes) - ont valu sa degradation. Le judaisme francais avait besoin de trouver une personnalite “representative” et l’a trouvee en Maurice Papon. Il est tres regrettable que d’autres n’aient pas ete juges dans les annees qui ont suivi la guerre. Le cas “Papon” devient alors une sorte de constat inacheve. Car il fut ministre de la Republique sous Giscard d’Estaing, c’est-a-dire que sa vie s’est deroulee d’une maniere trop normale. Une accusation et un chatiment justes auraient du intervenir bien auparavant et lui barrer toute continuite de carriere. Ce ne fut pas le cas. Et comme souvent en France, les attitudes sont troubles, peu claires, ambivalentes. Par ailleurs, aucune condamnation judiciaire, aucune decision legale ne peut exiger et obtenir le veritable pardon d’un peuple, de certains de ceux qui ont collaborer. La France a reagi avec decence dans bien des cas. La chasse aux nazis a ete et reste une oeuvre necessaire, indispensable; mais elle doit deboucher sur un jugement qui implique une reconciliation humaine et spirituelle a laquelle peu de personnes sont vraiment disposes.

En Israel, cette question se pose a tous les niveaux. Un paroissien a un jour fait venir un ami a la Liturgie du samedi. Je celebre en effet en plusieurs langues afin d’exprimer cette union de croyants de toutes langues peuples et races (Apocalypse). Le visiteur s’est etonne que nous priions aussi en ukrainien. Le paroissien lui a repondu avec bon sens et comprehension de mon choix spirituel et linguistique: prier en Israel et a Jerusalem en hebreu et en ukrainien n’est pas seulement celebrer par gout de varier des langues qui sont d’ailleurs evidents pour des citoyens israeliens qui ont tous un lien avec l’Ukraine. C’etait le plus grand ghetto cree en fait par Catherine la Grande. Ici, en Israel, lextraordinaire cohabitation entre Juifs et non-Juifs d’origine ukrainienne a un degre ou a un autre doit inciter a une reflexion profonde sur un pardon qui reste un mystere qui depasse tout entendement. Priere, sur la Terre Sainte en hebreu et en ukrainien, c’est affirmer en Israel que le pardon peut s’incarner et s’inscrire en faux contre la haine seculaire.

Combien furent les nazis ou fascistes qui reconnurent qu’ils avaient commis des crimes contre l’humanite? Josef Goebbels, catholique pratiquant, s’est vu propose, a la veille de son execution, de se confesser et de parler a un pretre. Il repondit qu’il n’avait rien a se reprocher. J’ignore si Maurice Papon a recu ou non les derniers Sacrements de l’Eglise et surtout s’il a confesse quoi que ce soit en rapport avec cette fin de vie en jugement. Cela resterait de l’ordre du secret. Mais il est evident que personne ne peut obliger quiconque a l’aveu. Un aveu de culpabilite, le remords, la demande de pardon demande une disposition de l’ame qui n’est possible que dans un climat de grande paisibilite. Et de confiance. Dans le cas Papon, le malaise est double, tres profond: d’une part, une France politicienne d’apres-guerre toujours en train d’essayer de regler son passe (cela concerne encore des membres influents de la politique francaise, comme d’ailleurs Francois Mitterrand en son temps). Et aussi le malaise profond des Juifs de France, pris dans le filet ambigu de l’assimilation trompeuse et d’une dejudaisation effroyable alors que le judaisme nord-africain ne revint qu’en 1962, sans pouvoir choisir Israel.

Si j’ai quelqu’appel religieux, je dirais que j’essaye d’ete vraiment le temoin du pardon qui me fut inculque par les miens, en particulier par ma mere. Je reste convaincu que le “pardon” est lame du judaisme ET du christianisme et depasse toute chose demontratable ou explicable. Immateriel, sans qu’on puisse deceler une action de Dieu ou un mouvement humain qui fait que la personne change. Et pourtant le pardon est sans doute la forme la plus elevee, la plus difficile a atteindre pour letre humain. On peut se gausser de paroles. J’ai entendu des sermons, des homelies savantes ou apparemment persuasifs et theologiquement fondes sur le pardon et la necessite de pardonner. Face aux travaux pratiques, ces paroles se montraient fumeuses et ineptes.

Depuis l’age de raison, je crois pouvoir affirmer avoir toujours pardonne, le plus souvent sans tenir en mal ou retenir quoi que ce soit contre quelqu’un. J’ai esaye de donner un exemple dans mon chemin sur le christianisme (Qiyum - existence 2). Mais c’est aussi vrai dans la vie quotidienne. Je me suis rappele ce matin comment un jeune juif m’a un jour traite de “putz - פוץ - cretin simplet” en yiddish 9c’etait il y a 30 ans) et fut oblige de s’excuser, ce que je ne demandais pas. Il y a des cas auxquels j’ai reflechi ces temps derniers ou j’aurais du taper et ou la reaction fut precisement celle de penser qu’au fond “c’est un benet, cretin”. Beaucoup d’exemples de cette nature me viennent a l’esprit. Je suis meme convaincu que telle fut la reaction du hierarque a bien des egards. Et encore, par uniquement cet “individu”; les exemples pouraient etre demultiplies. Ils importent peu.

L’ame du pardon est de tout supporter, non que tout soit supportable, loin de la. Mais, tres souvent au cours de la journee, me viennent les paroles du psaume “Ils ne savent pas ils ne comprennent pas - לא יודו לא יבינו”. Je n’ai aucune pretention ou meme idee de croire que je comprends quelque chose. Si, que la valeur de nos jours, de nos vies est si precieuse, si unique que le pire criminel (et il y en a beaucoup sous bien des formes), comme chacun de nous peut reflechir la lumiere du pardon, meme au prix du mepris le plus apparent. Le pardon aussi implique le silence. A Jerusalem, il y a des ames qui crient, hurlent - non seulement les vieilles soufffrances de la persecution anti-juive. Il y a le cri de l’ame de tout habitant, de tout peuple, langue, nation, de souffrances si peu comprises et explicables qu’il ne semble rester que la solution de la deraison. C’est la que le pardon prend son sens sur un chemin pascal.Le dimanche du pardon

Apres l’office des vepres du dimanche soir qui precedent l’entree dans le temps du Grand Jeune (Careme) qui debute le lundi dans la tradition byzantine, le clerge et les fideles accomplissent un rite profond et signifiant, riche. C’est le dimanche du pardon (прощеное воскресенье). Le rite est tres long et solennel dans la tradition slave. Apres une serie de prieres de repentance et de pardon, le clerge de tout rang et les fideles se prosternent deux par deux- face a face, se demandent mutuellement pardon pour toutes les fautes volontaires et involontaires, conscientes et non-conscientes et se relevent en s’embrassant dans l’esperance de la Resurrection. Le rite que nous avons accompli hier au Patriarcat grec-orthodoxe de Jerusalem, etait succinct. Souvent le clerge et les fideles echangent en grec un “kali saratakosti” (bonne quarantaine = de jeune), voire souvent “kalo Passkha”. Le Patriarche Theophilos avait lu, au debut une priere penitentielle qui implorait le pardon de Dieu. Cinq personnes m’ont dit “tzom kal - צום קל” (jeune paisible, simple) en hebreu. La phrase est curieusement un decalque de celle que l’on dit pour le Yom Kippur, comme si l’on devait mettre l’accent sur le jeune - en fait, l’accent est sur le pardon et, en hebreu il serait logique alors de dire “shalom uslikhah - שלום וסליחה”.

Il est certain que le rite provient du Kippur ou “Jour de Grand Pardon”. Le pardon s’exprime de maniere constant dans la priere chretienne, mais uniquement en grec dans le Notre Pere qui indique: “Padonne-nous nos offenses (peches, remets-mous nos dettes) comme nous avons deja remis, pardonne a ceux qui nous ont offenses”. Mais le sens du Kippour est bien different car il prend un valeur sacrificielle de notre vie comme elle l’etait dans la tradition sumerienne et dans le sacrifice au dixieme jour du mois de tishri (nouvelle annee d’automne). Pour ceux qui n’en seraient pas persuades a la lecture du Nouveau Testament, il faut rappeler que l’affirmation du caractere propitiatoire du sacrifice du Christ dans l’epitre aux Romains 3, 25 et ;unite du sacerdoce du Christ dans l’ epitre aux Hebreux 9 Ch. 7 et 8 ) presupposent une meditation approfondie de la theologie de Yom Kippour.

Dans le cas du christianisme oriental, il est tres significatif que cette demande de pardon se fasse a l’entree du Careme qui est aussi un temps de reconciliation. Mais c’est un temps ou l’on marche vers la Resurrection. En fait, c’est le temps du debut de la nouvelle annee pour la tradition biblique, de la pemiere moisson. La participation au mystere de la resurrection du Chist requiert aussi un approfondissement des parole de saint Matthieu (5, 21.24.25). Au verset (19) “Car c’etait Dieu qui, dans le Christ, se reconciliait le monde, ne tenant plus compte de la faute des hommes, et mettant en nous la parole de reconciliation.” Et: “Celui qui n’avait pas connu le peche, Il (Dieu) L’a fait pour nous sacrifice pour le peche (grec: amartian epoiesen = asham en hebreu) afin qu’en Lui nous devenions justices de Dieu (2 Corinthiens 17-21).

Comme le mois nouveau de Adar (rosh chodesh Adar = ראש חודש אדר) a commence pratiquement pendant le shabbat car la lune est alors nee (a 11 h.10 a Jerusalem), et qu’il faut alors se rejouir, le jeune du Yom Kippour katan יום כיפור קטן - ou “Petit Jour de Pardon” avait ete avance au jeudi. Ces petits Yom Kippour ont ete instaures au 16eme siecle par l’Ecole de Safed puisque la lune est eclaire par le soleil par des reflets qui laisseraient croire qu’elle parait, nait, grandit, devient pleine puis diminue et disparait. Ceci montre une permanence physique dans la fidelite de Dieu qui s’exprime par une dimension de double reflet: de la blancheur lumineuse de la lumiere du soleil sur la lune et de ce reflet de la lune sur la terre.

Peut-on tout pardonner? La question se pose de facon tres reelle a tous les niveaux de la societe, mais aussi de la nature humaine. Il y a la question de Simon-Kaipha a Jesus: “Combien de fois dois-je pardonner? sept fois?” - Jesus repond; “soixante-dix(-sept) fois sept fois (Matthieu 18, 21). Que la mesure soit de 49 ou depasse 50, il ne faut pas penser que c’est une mesure determinee. Elle excede precisement, dans sa symbolique, les 500 qui etait la mesure ou middah ( mesure parfaite dans le Temple). Ici, la question n’est pas dans un batiment ou dans une mesure rituelle. Il y a une plenitude d’une autre nature et c’est la que se situe le pardon. Soyons francs ou ayons l’honnetete de dire que le pardon le plus elementaire pour des vetilles pose deja des questions relationnelles enormes. Alors lorsqu’il s’agit de pardonner des manquements bien plus profonds et graves, souvent en lien avec la vie et la mort, la question est bien plus difficile a resoudre.

Le judaisme francais - la societe francaise - est actuellement interrogee par le deces de Maurice Papon. Juge pour crime contre l’humanite et poursuivi par les associations juives, il peut poser une question sur le pardon et ou la justification de son jugement. Pour ma part, omme je l’ai explique succinctement dans l’article “Qiyum - Existence 1 et 2″, je ne me suis jamais senti reellement solidaire d’une action qui consiste a poursuivre un haut fonctionnaire francais dont les manquement - certes tres graves (mais moins importants que les actions menees par d’autres qui ne furent jamais inquietes) - ont valu sa degradation. Le judaisme francais avait besoin de trouver une personnalite “representative” et l’a trouvee en Maurice Papon. Il est tres regrettable que d’autres n’aient pas ete juges dans les annees qui ont suivi la guerre. Le cas “Papon” devient alors une sorte de constat inacheve. Car il fut ministre de la Republique sous Giscard d’Estaing, c’est-a-dire que sa vie s’est deroulee d’une maniere trop normale. Une accusation et un chatiment justes auraient du intervenir bien auparavant et lui barrer toute continuite de carriere. Ce ne fut pas le cas. Et comme souvent en France, les attitudes sont troubles, peu claires, ambivalentes. Par ailleurs, aucune condamnation judiciaire, aucune decision legale ne peut exiger et obtenir le veritable pardon d’un peuple, de certains de ceux qui ont collaborer. La France a reagi avec decence dans bien des cas. La chasse aux nazis a ete et reste une oeuvre necessaire, indispensable; mais elle doit deboucher sur un jugement qui implique une reconciliation humaine et spirituelle a laquelle peu de personnes sont vraiment disposes.

En Israel, cette question se pose a tous les niveaux. Un paroissien a un jour fait venir un ami a la Liturgie du samedi. Je celebre en effet en plusieurs langues afin d’exprimer cette union de croyants de toutes langues peuples et races (Apocalypse). Le visiteur s’est etonne que nous priions aussi en ukrainien. Le paroissien lui a repondu avec bon sens et comprehension de mon choix spirituel et linguistique: prier en Israel et a Jerusalem en hebreu et en ukrainien n’est pas seulement celebrer par gout de varier des langues qui sont d’ailleurs evidents pour des citoyens israeliens qui ont tous un lien avec l’Ukraine. C’etait le plus grand ghetto cree en fait par Catherine la Grande. Ici, en Israel, lextraordinaire cohabitation entre Juifs et non-Juifs d’origine ukrainienne a un degre ou a un autre doit inciter a une reflexion profonde sur un pardon qui reste un mystere qui depasse tout entendement. Priere, sur la Terre Sainte en hebreu et en ukrainien, c’est affirmer en Israel que le pardon peut s’incarner et s’inscrire en faux contre la haine seculaire.

Combien furent les nazis ou fascistes qui reconnurent qu’ils avaient commis des crimes contre l’humanite? Josef Goebbels, catholique pratiquant, s’est vu propose, a la veille de son execution, de se confesser et de parler a un pretre. Il repondit qu’il n’avait rien a se reprocher. J’ignore si Maurice Papon a recu ou non les derniers Sacrements de l’Eglise et surtout s’il a confesse quoi que ce soit en rapport avec cette fin de vie en jugement. Cela resterait de l’ordre du secret. Mais il est evident que personne ne peut obliger quiconque a l’aveu. Un aveu de culpabilite, le remords, la demande de pardon demande une disposition de l’ame qui n’est possible que dans un climat de grande paisibilite. Et de confiance. Dans le cas Papon, le malaise est double, tres profond: d’une part, une France politicienne d’apres-guerre toujours en train d’essayer de regler son passe (cela concerne encore des membres influents de la politique francaise, comme d’ailleurs Francois Mitterrand en son temps). Et aussi le malaise profond des Juifs de France, pris dans le filet ambigu de l’assimilation trompeuse et d’une dejudaisation effroyable alors que le judaisme nord-africain ne revint qu’en 1962, sans pouvoir choisir Israel.

Si j’ai quelqu’appel religieux, je dirais que j’essaye d’ete vraiment le temoin du pardon qui me fut inculque par les miens, en particulier par ma mere. Je reste convaincu que le “pardon” est lame du judaisme ET du christianisme et depasse toute chose demontratable ou explicable. Immateriel, sans qu’on puisse deceler une action de Dieu ou un mouvement humain qui fait que la personne change. Et pourtant le pardon est sans doute la forme la plus elevee, la plus difficile a atteindre pour letre humain. On peut se gausser de paroles. J’ai entendu des sermons, des homelies savantes ou apparemment persuasifs et theologiquement fondes sur le pardon et la necessite de pardonner. Face aux travaux pratiques, ces paroles se montraient fumeuses et ineptes.

Depuis l’age de raison, je crois pouvoir affirmer avoir toujours pardonne, le plus souvent sans tenir en mal ou retenir quoi que ce soit contre quelqu’un. J’ai esaye de donner un exemple dans mon chemin sur le christianisme (Qiyum - existence 2). Mais c’est aussi vrai dans la vie quotidienne. Je me suis rappele ce matin comment un jeune juif m’a un jour traite de “putz - פוץ - cretin simplet” en yiddish 9c’etait il y a 30 ans) et fut oblige de s’excuser, ce que je ne demandais pas. Il y a des cas auxquels j’ai reflechi ces temps derniers ou j’aurais du taper et ou la reaction fut precisement celle de penser qu’au fond “c’est un benet, cretin”. Beaucoup d’exemples de cette nature me viennent a l’esprit. Je suis meme convaincu que telle fut la reaction du hierarque a bien des egards. Et encore, par uniquement cet “individu”; les exemples pouraient etre demultiplies. Ils importent peu.

L’ame du pardon est de tout supporter, non que tout soit supportable, loin de la. Mais, tres souvent au cours de la journee, me viennent les paroles du psaume “Ils ne savent pas ils ne comprennent pas - לא יודו לא יבינו”. Je n’ai aucune pretention ou meme idee de croire que je comprends quelque chose. Si, que la valeur de nos jours, de nos vies est si precieuse, si unique que le pire criminel (et il y en a beaucoup sous bien des formes), comme chacun de nous peut reflechir la lumiere du pardon, meme au prix du mepris le plus apparent. Le pardon aussi implique le silence. A Jerusalem, il y a des ames qui crient, hurlent - non seulement les vieilles soufffrances de la persecution anti-juive. Il y a le cri de l’ame de tout habitant, de tout peuple, langue, nation, de souffrances si peu comprises et explicables qu’il ne semble rester que la solution de la deraison. C’est la que le pardon prend son sens sur un chemin pascal.

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