Compte rendu de la journée d’études « Père Cyprien Kern et son héritage théologique »

Publié le par Père Jean-Pierre

Compte rendu de la journée d’études « Père Cyprien Kern et son héritage théologique »

 

IMG_0699Dans son mot d’introduction le doyen de l’Institut, l’archiprêtre Nicolas Cernokrak, a rappelé l’importance de la théologie de l’émigration russe pour les écoles de théologie d’aujourd’hui ainsi que pour l’Eglise orthodoxe en général. C’est au père Doyen que revint de présenter en grandes lignes, dans la première communication de la journée, la vie et l’œuvre du Père Cyprien Kern.
IMG_0723La deuxième communication fut celle du protopresbytre Boris Bobrinskoy, qui a été un étudiant auprès du père Cyprien à la fin des années 1940, et également doyen de l’Institut (1993-2005). Étant un proche disciple et concélébrant du père Cyprien, il est revenu sur ses propres impressions du Maître et du Père spirituel, en citant de nombreux souvenirs personnels.
Le professeur de théologie liturgique, André Lossky a rappelé le rôle joué par le père Cyprien dans l’organisation des Semaines Liturgiques qui, depuis 1953, réunissent chaque année à l’Institut d’éminents spécialistes en liturgie. Les premières Semaines n’ont pas fait l’objet de publications, ce qui fait qu’il est difficile de savoir si le P. Cyprien y a donné des exposés, ou bien s’il a limité son rôle à l’organisation de ces rencontres. La conférence d’A. Lossky a été enrichie avec des témoignages et des souvenirs précieux du grand liturgiste catholique Dom Bernard Botte sur les premières Semaines liturgiques, ayant constitué dès leur début « un terrain idéal de dialogue œcuménique », et sur ses connaissances avec le P. Cyprien.

A la fin de la première partie de la Journée, dans l’église de Saint-Serge, a été célébré un office des défunts à la mémoire du père Cyprien, le moment central d’une journée commémorative.

La deuxième partie de la Journée d’étude a commencé avec deux professeurs de Saint-Pétersbourg, les deux collègues de l’Université pédagogique russe « A. Herzen », Alexandre Korolkov et Kira Preobrazhenskaya. Leurs communications ont été consacrées à la dimension anthropologique de l’héritage théologique du père Cyprien. Cet aspect de la théologie de l’ancien professeur de patrologie à l’Institut Saint Serge s’est avéré être une contribution importante dans les recherches anthropologiques contemporaines, compte tenu de son approche patristique fondée sur l’anthropologie des Pères orientaux, notamment de saint Grégoire Palamas.

Les deux communications suivantes, celle du professeur de l’Université Saint-Tikhon de Moscou, Piotr Mikhaïlov, et celle du professeur de l’Académie théologique de Moscou, le prêtre Mikhaïl Zheltov, ont été consacrées à divers aspects des études liturgiques du Père Cyprien. Le premier conférencier s’est penché sur la valeur générale de la théologie liturgique et de ses différents aspects dans l’œuvre du Père Cyprien, le second quant à lui, sur l’interprétation scientifique du problème historique de l’épiclèse par l’auteur d’Evkharistia. Le père Mikhaïl a notamment fourni un dossier très documenté des sources patristiques, liturgiques et hagiographiques et a mis l’accent sur l’un des éléments les plus originaux de la théologie liturgique du père Cyprien, son étude historique sur l’épiclèse.

Pour terminer, le professeur de théologie pastorale à l’Institut Saint-Serge, l’archiprêtre Nicolas Ozoline a fait un exposé sur la théologie pastorale du Père Cyprien. Il a souligné la valeur actuelle de nombreux aspects pratiques de l’ouvrage célèbre sur le ministère pastoral du père Cyprien (Pravoslavnoe pastyrskoe sluzhenie) publié à Paris en 1957 et devenu par la suite un manuel indispensable de théologie pastorale dans nombreuses écoles de théologie, notamment dans les Balkans et en Russie. Ce dernier orateur a mis en valeur le rôle important du P. Cyprien pour la théologie pastorale, placée par lui au rang d’une discipline académique.

Cette Journée d’étude, riche par ses exposés et ses débats, a permis de revisiter quelques éléments-clés de l’œuvre théologique du père Cyprien Kern et de mesurer l’importance de sa contribution aux recherches et travaux liturgiques et patristiques entrepris en France au siècle dernier. En marge de la Journée, a été organisée une exposition de livres et d’articles du père Cyprien Kern ainsi que des photos des différentes périodes de sa vie, marquant ainsi la mémoire collective et même conciliaire, ecclésiale de l’Institut Saint-Serge envers ses professeurs-fondateurs.

L’Archimandrite Cyprien Kern, de son vrai nom Constantin Edouardovich Kern est né en 1899 à Tula. Il venait d’une famille instruite, son père fut un professeur et directeur de l’Institut forestier impérial à Saint-Pétersbourg. Le jeune Constantin commença sa formation universitaire avec des études de droit, d’abord au célèbre Lycée Alexandre à Saint-Pétersbourg ensuite à l’Université de Moscou. Au début de la guerre civile en 1917, Constantin Kern quitte la Russie et trouve refuge dans la capitale serbe, Belgrade, où il continua à étudier le droit à l’Université. Ayant obtenu le diplôme de la Faculté de droit, il entre dans la faculté de théologie à Belgrade. En 1925, après l’achèvement de l’enseignement théologique à Belgrade, Constantin Kern a été envoyé au sud de la Macédoine pour enseigner au Séminaire de théologie « saint Jean le Théologien » à Bitola. Là, il rencontra Serge Sergueïevitch Bezobrazov, le futur évêque Cassien, qui l’invita à l’Institut Saint-Serge à Paris. En 1927, il a été ordonné moine. En 1928, le jeune père Cyprien a été élevé au rang d’archimandrite et a été envoyé par le Saint-Synode de l’Eglise russe hors frontières en Palestine en tant que chef de la mission spirituelle russe à Jérusalem. Il revint en 1931 à Bitola où il continua son enseignement avant de s’installer définitivement à Paris en 1936, où il enseigna la théologie pastorale, la théologie liturgique et à partir de 1942 la patrologie à l’Institut Saint-Serge. Il a été en même temps prêtre de la paroisse des saints Constantin et Hélène à Clamart et chef spirituel d’une génération d’étudiants et de jeunes théologiens, dont les pères Alexandre Schmemann, Jean Meyendorff et Boris Bobrinskoy. Le père Cyprien est décédé le 11 février 1960 et il a été est enterré à Clamart. 
Parmi les travaux importants de Cyprien il faut mentionner notamment L’Eucharistie (1947), L’anthropologie de saint Grégoire Palamas (1950), véritable synthèse patristique, et la Théologie pastorale (1957). La meilleure description de l’œuvre de p. Cyprien Kern qui avait pour centre de sa réflexion l’Eucharistie, est peut-être celle du p. Alexandre Schmemann, un de ses élèves les plus importants : « Père Cyprien a été un excellent professeur. Et la particularité de ses cours consistait dans le fait qu’il a su communiquer à ses auditeurs l’amour de ce qu’il enseignait. Les cours des autres professeurs pourraient être plus instructifs, plus intéressants dans le sens de la problématique, plus significatifs sur le sujet. Mais personne ne pouvait inspirer (вдохновить) comme le père Cyprien, séduire sur le chemin non seulement de la cognition mentale, mais aussi de l’amour. Il exerçait une influence irrésistible sur les jeunes âmes : en particulier par ses cours de Liturgique. Pour beaucoup le service liturgique est devenu une réalité substantielle et souhaitée, grâce à lui. Son cours était toujours une homélie, ce qu’il devrait être d’ailleurs par son essence. Il appelait, avec une conviction qu’il savait communiquer, non seulement à "comprendre", mais aussi à entrer dans la réalité dont il a témoigné. » 
D’ailleurs, on doit au Père Cyprien une phrase devenue célèbre : « le chœur de l’église est une chaire de théologie », ce que la tradition latine exprime dans le lex orandi, lex credendi.
 
Goran Sekulovski

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