Avec Adam et Eve amèrement déchus pleure le genre humain son Paradis perdu.

Publié le par Père Jean-Pierre


aaaCette mémoire, nos Saints Pères l'ont placée avant le Carême, comme pour nous montrer par les faits combien le remède du jeûne est utile à la nature humaine et combien est lamentable ce qui vient de la satiété et de la désobéissance. Omettant donc les dommages infinis causés au monde par suite de sa faute, les Pères ont voulu présenter Adam le premier homme, en nous montrant clairement le mal souffert par lui pour n'avoir pu s'abstenir d'un peu de nourriture et, par là, introduit également dans notre nature, et aussi le bien-fondé du jeûne, ce premier commandement de Dieu parmi les hommes. Ne l'ayant pas observé, mais ayant cédé à son ventre ou plutôt, par l'intermédiaire d'Eve, au serpent trompeur, non seulement il n'est pas devenu Dieu, mais de plus il s'est attiré la mort, dont il a transmis le mal à tout le genre humain. C'est donc pour la gourmandise du premier Adam que le Seigneur a jeûné quarante jours et s'est montré obéissant ; et c'est pour cela que le présent Carême a été conçu par les Saints Apôtres, afin qu'en observant ce qu'Adam n'a pas observé nous jouissions, par le jeûne, de l'immortalité dont il a lui-même souffert la perte. D'ailleurs, comme nous l'avons déjà dit, le but des Saints, c'est d'embrasser en peu de temps les œuvres divines depuis le début jusqu'à la fin. Et puisqu'à la responsabilité de tous nos semblables incombent et la transgression d'Adam et sa chute du Paradis de délices, pour cette raison les Pères ont proposé qu'en en faisant mémoire, nous fuyions son exemple, au lieu d'en imiter l'intempérance.

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aaaLe sixième jour, Adam fut donc façonné par la main de Dieu, honoré par Son souffle de Son image et ressemblance et, recevant aussitôt Son commandement, il passa jusqu'à six heures dans le Paradis ; puis, ayant transgressé le commandement, il en fut chassé. L'hébreu Philon dit qu'Adam aurait passé cent ans dans le Paradis ; d'autres parlent de sept jours ou années, à cause de la valeur de ce nombre. Mais qu'à la sixième heure il étendit la main et saisit le fruit, nous l'a, montré le Christ, nouvel Adam, qui, le sixième jour et à la sixième heure, étendit ses mains sur la Croix pour réparer sa perte. Adam a été créé à mi chemin entre la corruption et l'incorruptibilité, afin que, de quelque côté qu'il penchât par son choix, cela lui fût acquis. Car il était également possible à Dieu de le créer immortel ; mais pour que soit justifié son choix, il lui donna comme loi de toucher à tous les arbres, mais pas à celui-là ; c'est-à-dire, probablement : avoir la connaissance de toutes les créatures de la puissance divine, mais en aucun cas celle qui se réfère à la nature de Dieu. Grégoire le Théologien, pensant en philosophe que les arbres sont les connaissances divines, tandis que l'arbre représente la contemplation, a dit : Dieu a donc ordonné à Adam de s'intéresser à tous les autres principes et aux autres qualités, d'y appliquer son esprit et de rendre gloire à Dieu, car c'est là que résident les vraies délices. Peut-être lui a-t-il demandé de s'enquérir aussi sur sa propre nature, mais pour ce qui est de Dieu, de ne pas chercher à savoir qui il est par nature, ni où ni comment il a tiré l'univers du néant. Mais lui, délaissant les autres recherches, se mit plutôt à sonder ce qui concerne Dieu et à scruter soigneusement sa nature ; et, comme il était, en ces matières, un enfant, un débutant, tout à fait inexpert, il tomba lorsque Satan lui suggéra, par l'intermédiaire d'Eve, l'idée de déification. Le grand et divin Chrysostome dit que cet arbre avait un double pouvoir et il affirme que le Paradis était sur terre ; en philosophe, il l'imagine à la fois intellectuel et sensible, comme l'était Adam, et le place « au milieu » entre la corruption et l'incorruptibilité, pour sauvegarder l'Ecriture, mais sans s'en tenir à la lettre. Certains disent que l'arbre de la désobéissance fut le figuier puisque, sachant leur nudité, ils se couvrirent aussitôt, en se servant de ses feuilles. Et c'est la raison pour laquelle le Christ aurait maudit le figuier, comme s'il avait été la cause de la transgression. Car il a une certaine ressemblance avec le péché : d'abord la douceur du fruit, ensuite l'âpreté de ses feuilles, et enfin la glu qui provient de son lait. Et il en est qui ont compris de façon peu convenable et l'arbre et la conversation d'Adam avec Eve et leur « connaissance ». Donc, après avoir transgressé et revêtu la chair mortelle, après avoir été l'objet de la malédiction, il fut chassé du Paradis, dont la porte, sur l'ordre de Dieu, fut gardée par un glaive de feu. Devant cette porte, Adam s'assit et pleura tous les biens dont il s'était privé pour n'avoir pas jeûné en temps opportun et le fait que tout le genre humain issu de lui devait partager la même condition jusqu'à ce que notre Créateur, ayant pitié de notre nature détériorée par Satan, naisse de la Vierge Sainte et vive Son admirable vie, nous montrant la voie par ce qui s'oppose au démon, à savoir le jeûne et l'humilité, et que, triomphant de celui qui par ruse nous avait séduits, Il ramène notre nature à son ancienne dignité.

aaaTout cela, les Pères théophores ont donc voulu le rendre présent à travers tout le Triode, et ils ont mis en première place l'Ancien Testament : d'abord la création, puis la chute d'Adam, dont nous faisons mémoire présentement, puis tout le reste, à travers les écrits de Moïse et des Prophètes, plus encore avec les Psaumes de David, auxquels s'ajoutent, tout au long, les Ecritures de la grâce. Suivent aussi, dans l'ordre, les événements de la nouvelle Alliance, dont le premier est l'Annonciation qui, selon l'ineffable économie de Dieu, trouve presque toujours place pendant le Saint Carême ; viennent ensuite Lazare et les Rameaux, la Sainte et Grande Semaine, la lecture des Saints Evangiles et les hymnes qui chantent en détail les Saintes et Salutaires Souffrances du Christ ; puis la Résurrection et le reste, jusqu'à la descente de l'Esprit, tandis que les Actes des Apôtres exposent comment advint la prédication et comment elle rassembla tous les Saints ; car les Actes confirment la Résurrection, à travers les miracles.

aaaPuisque donc nous avons souffert de tels maux par le fait qu'Adam, une seule fois, n'a pas jeûné, voici qu'il en est fait mémoire à présent, à l'entrée du Saint Carême, afin que, nous rappelant tout le mal qu'a entraîné le fait de ne pas jeûner, nous nous empressions d'accueillir le jeûne avec joie et de l'observer. Alors, ce qu'Adam n'a pu atteindre, à savoir la divinisation, nous l'obtiendrons, nous, par le carême, pleurant, jeûnant et nous humiliant, jusqu'à ce que Dieu vienne nous visiter ; car sans cela, il n'est pas facile de retrouver ce que nous avons perdu.

aaaIl faut savoir en outre que ce Saint et Grand Carême est la dîme de toute l'année : puisque par paresse, en effet, nous ne voulons pas toujours jeûner et nous abstenir du mal, c'est comme une moisson des âmes que les Apôtres et les Saints Pères nous ont confiée. De cette façon, tout le mal que nous avons fait au cours de l'année, nous le rejetons maintenant dans la contrition et en nous humiliant par ce carême, que nous avons avantage à observer de façon plus précise. Car les divins Pères nous ont transmis également trois autres jeûnes : celui des Saints Apôtres, celui de la Mère de Dieu et le Carême de Noël, ce qui fait quatre, un pour chaque saison de l'année. Mais ce Carême, nous l'estimons davantage, à cause de la Passion, ou parce que c'est celui qu'a observé le Christ Lui-même, en lui donnant une certaine gloire, ou bien que Moïse a reçu la Loi après avoir jeûné quarante jours ; pensons aussi à Elie, à Daniel et à tous ceux qui ont fait leurs preuves auprès de Dieu. Et le bien-fondé du jeûne, Adam le montre par son contraire. C'est donc pour cette raison que les Saint Pères ont voulu rappeler ici l'exil d'Adam.


aaaPar Ton ineffable miséricorde, ô Christ notre Dieu, rends-nous dignes des délices du Paradis et, dans Ton amour pour les hommes, prends pitié de nous. Amen.

Cette vie de Saints est tirée du :
"Triode de Carême", Diaconie Apostolique 1993

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