Acribie et Economie dans l'Orthodoxie, l'usage du Pedalion par Père Christophoros Klitou

Publié le par Père Jean-Pierre


orthodoxe-ordinaire.blogspot.com

MERCREDI 21 AVRIL 2010


 

Le Pedalion, le livre des Canons compilés vers la fin du 18ème siècle, par deux moines [Agapius et Nicodème] du monastère Pantocrator du mont Athos contient les Canons apostoliques, les Canons des conciles œcuméniques, les Canons de synodes régionaux et Canons de saints Pères comme saint Basile et de saint Jean le Jeûneur. Strictement parlant, l'Église orthodoxe est l'Église des sept conciles œcuméniques, de sorte que tous les autres canons ne devraient être utilisés que comme référence, mais pas comme faisant autorité. Les Conciles œcuméniques ont été réunis du IVe siècle au VIIIe siècle pour résoudre les problèmes qui ont troublé l'Eglise au cours de chaque période. Définir la doctrine de la foi chrétienne a été le travail de ces conciles, le Credo [l'exposé de la foi], les canons [règles] pour guider les chrétiens et les empêcher de tomber dans l'erreur et l'hérésie, et d'autres questions importantes de la Vie de l'Eglise. Nous voyons que de nombreux canons pour l’accompagnement et l’orientation des chrétiens ont été révisés ou mis à jour d'un concile à l'autre et c'est parce qu’il y a des points qui étaient en vigueur au IV°siècle mais ne pouvaient être appliqués de la même manière, au VIII°siècle. Nous sommes maintenant au XXI°siècle et si nous avions [comme il se devrait] un concile œcuménique aujourd'hui, la majorité des canons [pour l'orientation chrétienne] serait définitivement mise à jour ou jetée par la fenêtre. 

Prenons comme exemple le péché de l'avortement volontaire. Un canon ancien condamne le pécheur à l'exclusion des Saints Mystères, jusqu'au moment de sa mort. 
Un autre canon exclut un meurtrier pour 25 ans mais il doit passer ces années à se repentir et doit demeurer à jeun depuis le matin jusqu'au soir et ensuite ne manger exclusivement que du pain et des fruits secs (Xérophagie). 
Le canon 20 d'Ancyre [314], exclut le pécheur pendant sept ans. 
Le canon 91 du 6e concile œcuménique [692] condamne le pécheur meurtrier à l'exclusion des Mystères et cette condamnation est à nouveau à perpétuité. 
Le 2e de Basile exclut le pécheur pendant dix ans. 
Le canon 21 de Jean le Jeûneur pour cinq, voire trois ans. 
Les canons de Jean le Jeûneur sont en général très cléments par rapport à d'autres canons. 
Pourquoi avons-nous ces grandes différences d'un canon à l'autre? 
Précisément parce que les canons ne sont pas la foi chrétienne, ils ne sont pas des peines qui condamnent les pécheurs à une vie en dehors de l'Eglise, mais ils doivent être utilisés pour guider le peuple afin qu’il mène une vie juste agréable à Dieu, aidant ainsi les gens à trouver leur chemin vers leur salut. 
Nous pourrions comparer la route de la terre vers le ciel à une très longue autoroute. Sur notre chemin, il se peut que nous soyons fatigués ou nous ayons besoin de faire le plein de notre véhicule, et donc pour un temps, nous quittons l'autoroute pour trouver une auberge convenable ou une station-service. En sortant de l'autoroute nous nous écartons ainsi de notre route et il se peut que nous ne puissions pas retrouver notre chemin pour regagner l'autoroute. Nous avons alors besoin d'aide et c'est là que nous avons besoin des canons, les canons sont comme des panneaux de signalisation routière qui nous dirigent vers la voie à suivre, contribuant ainsi à nous faire revenir sur l'autoroute. 
Quand on demanda à Jésus "Quel est le plus grand commandement de la loi?" Il répondit: "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C'est le premier et grand commandement. Et le second lui est semblable: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes. "(Matthieu 23: 37-40)
L'amour est donc au-dessus de tous les canons et peut les remplacer chaque fois que l’on considère qu’un canon pourrait faire plus de mal que de bien.
Aujourd'hui, si une femme vient se confesser pour avouer qu'elle a fait un avortement volontaire, nous ne saurions l'exclure de la communion pendant trois ans car au lieu d'aider son retour à l'Église, en fait, on la ferait certainement fuir. Le prêtre peut juger si vraiment elle se repent de ses actes et peut peut-être lui dire de ne pas communier pendant trois mois ou peut-être ne même pas lui parler d'une pénitence. Christ est amour, l'Église est amour, et nous devons aussi être l'amour. L'Eglise et ses prêtres doivent toujours témoigner de l'amour et la compassion pour les gens. Nous ne sommes pas des juges du peuple. Nous laissons cela à Dieu et à Dieu seul. À l'époque où les canons ont été écrits, tout le monde allait à l'église, et demeurait dans la partie principale de l'église jusqu'à la fin, devait recevoir la sainte Communion. Ainsi, quelqu'un qui ne communiait pas se tenait à l'écart des autres et ce devait être une expérience humiliante. Aujourd'hui, les gens vont rarement à l'église et reçoivent encore moins la communion régulièrement. Dire à quelqu'un qu'il ne pourra pas recevoir la communion pendant un, deux ou trois ans, ce ne serait pas vraiment l’aider au repentir, mais préférer les tenir éloignés de l'église pour cette période de temps, ferait davantage de dommages que de bien."
(Version française de Maxime le minime
 d'après "Questions and Answers"
sur le site The Orthodox Pages
de Père Christophe Klitou)

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